En ce 18 mai 2025, Haïti commémore les 222 ans de la création de son drapeau à l’Arcahaie. Une date hautement symbolique marquant à la fois la Fête du Drapeau et celle de l’Université. Pourtant, dans un contexte de chaos institutionnel, de fuite des cerveaux et d’effondrement éducatif, cette célébration soulève une question essentielle : que reste-t-il vraiment de l’héritage du 18 mai ?
Le 18 mai devrait être un jour de fierté, d’unité, de transmission historique et de projet collectif pour l’avenir. Pourtant, ce 18 mai 2025, l’écho du tambour patriotique est étouffé par le vacarme des armes, le bruit des bottes, les cris de détresse d’une jeunesse sacrifiée et l’exil forcé de milliers d’Haïtiens.
Quel drapeau brandissons-nous aujourd’hui ?
Celui d’une patrie unie, née dans le feu de la liberté et portée par le rêve d’une société égalitaire ? Ou celui, vidé de son sens, qui flotte au-dessus d’institutions moribondes, de dirigeants illégitimes, d’un État absent et de citoyens en détresse ? Le bicolore noir et rouge de Dessalines, devenu bleu et rouge à l’ère républicaine, symbolisait l’union des forces vives de la nation. Mais aujourd’hui, cette union est fracturée, étouffée par des intérêts particuliers, des discours haineux et une gouvernance qui cultive l’oubli.
Et quelle université célébrons-nous en ce jour ?
Une institution agonisante, méprisée par l’État, asphyxiée par la précarité, délestée de ses professeurs, exilée dans sa mission de former, de penser, de construire. L’Université d’État d’Haïti, bastion intellectuel et critique, est aujourd’hui un champ de ruines symboliques, abandonnée par les politiques publiques et par la diaspora intellectuelle contrainte à fuir. Pendant ce temps, l’élite économique, indifférente à l’effondrement social, investit dans l’ignorance et l’importation du savoir plutôt que dans sa production locale.
Haïti est une nation sans cap, sans mémoire partagée, sans projet de société. Le 18 mai devrait être ce moment charnière où nous regardons derrière pour mieux marcher vers l’avant. Mais en 2025, nous vivons dans un pays où même le passé est contesté, où les héros sont effacés, les idéaux trahis, les symboles vidés de substance.
Pourtant, tout n’est pas perdu.
Cette date peut redevenir un cri de réveil collectif. Le drapeau doit cesser d’être un simple décor lors des cérémonies officielles. Il doit redevenir un symbole d’engagement, de résistance et de refondation. L’Université, elle, doit cesser d’être un mot sur un programme ministériel. Elle doit redevenir une arme intellectuelle contre l’ignorance, un levier d’autonomie, un lieu de débat et d’innovation sociale.
222 ans après l’Arcahaie, Haïti n’a pas besoin de folklore, mais d’audace.
Audace de repenser la nation, de redonner du sens à ses symboles, de bâtir une université publique forte, critique, enracinée dans les réalités nationales. Audace de faire du drapeau non un tissu à agiter mais une bannière à honorer par des actes.
Car célébrer le 18 mai ne doit pas être un rituel. C’est un appel. Un appel à sortir de la résignation. Un appel à l’action, à la conscience, à la dignité retrouvée.








































Laisser un commentaire