À l’aube d’un rapprochement stratégique entre la Chine et l’Europe, Airbus pourrait décrocher un contrat historique de 200 à 500 avions. Une manœuvre économique qui redessine l’équilibre mondial de l’aéronautique et envoie un message clair aux États-Unis.



Le ciel semble s’éclaircir pour Airbus, et c’est la Chine qui pourrait lui offrir la plus spectaculaire des envolées. Alors que le climat géopolitique mondial est marqué par le retour des tensions sino-américaines, Pékin s’apprêterait à signer un contrat aéronautique d’une ampleur inédite avec le constructeur européen. Selon les révélations de Bloomberg, les autorités chinoises envisagent une commande de 200 à 500 avions, à officialiser en juillet 2025, à l’occasion d’une visite de dirigeants européens pour célébrer les 50 ans de relations diplomatiques entre la Chine et l’Union européenne.

Ce possible méga-contrat, qui ferait date dans l’histoire de l’aviation commerciale, porterait sur des modèles A320 et A350, symboles de la performance technologique et de la compétitivité d’Airbus. Il viendrait surtout consolider la percée de l’avionneur européen sur le marché chinois, dans un contexte où la rupture sino-américaine se traduit par une marginalisation de Boeing, de plus en plus boudé par Pékin depuis 2019.

En suspendant les livraisons de Boeing, la Chine a déjà montré son agacement face aux barrières commerciales imposées par Washington. Le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, avec son cortège de mesures protectionnistes, ne fait que renforcer cette orientation : diversifier ses partenariats industriels en privilégiant l’Europe, tout en accentuant sa dépendance stratégique à Airbus pour soutenir l’expansion fulgurante de son secteur aérien.

Pour Airbus, cette rumeur d’accord titanesque agit comme un moteur de propulsion boursière : l’action s’envole ce matin sur le CAC 40, galvanisée par l’anticipation d’un carnet de commandes qui atteindrait de nouveaux sommets. Si elle se confirme, cette commande incarnera bien plus qu’une simple opération commerciale : ce sera un signal diplomatique fort, une réorientation des alliances économiques, et une affirmation du rôle de l’Europe comme acteur central dans la redéfinition des chaînes de valeur mondiales.

En effet, cette offensive chinoise sur Airbus ne relève pas du hasard. Elle s’inscrit dans une stratégie plus large : affaiblir l’influence américaine dans les secteurs critiques, tout en cultivant un axe Pékin-Bruxelles fondé sur des intérêts commerciaux convergents. En matière de géoéconomie, les avions deviennent ainsi des instruments de soft power et d’affirmation souveraine.

Airbus, qui bénéficiait déjà d’un essor continu des commandes depuis 2019, voit aujourd’hui son positionnement récompensé. Son choix d’implanter une partie de sa production en Chine – notamment à Tianjin – a joué en sa faveur, lui assurant un ancrage industriel local précieux dans un marché fermé et stratégique.

Mais la prudence reste de mise. L’officialisation de cette commande lors de la visite de juillet sera scrutée de très près par les marchés, les analystes et les observateurs politiques. Une confirmation serait perçue comme un tournant majeur dans les équilibres du commerce mondial, accentuant la pression sur Boeing et redéfinissant le jeu diplomatique transatlantique.

En attendant, Airbus vole déjà à haute altitude. Ce possible contrat record pourrait non seulement changer l’avenir du groupe européen, mais aussi réaffirmer le rôle de l’Union européenne comme partenaire industriel incontournable dans un monde fracturé par les rivalités sino-américaines.