En pleine tourmente sécuritaire et institutionnelle, l’ONU nomme le diplomate mexicain Carlos G. Ruiz Massieu à la tête du BINUH. Ce choix stratégique pourrait redessiner l’engagement international en Haïti, alors que la violence, les déplacements internes et l’effondrement de l’État atteignent des seuils critiques.
L’annonce est tombée le 2 juillet 2025 : António Guterres, secrétaire général de l’ONU, a nommé Carlos G. Ruiz Massieu comme nouveau représentant spécial en Haïti et chef du Bureau Intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH). Cette nomination intervient à un moment charnière pour le pays, ravagé par l’insécurité, l’instabilité politique et une crise humanitaire d’ampleur.
Diplomate aguerri, Carlos Ruiz Massieu n’est pas un novice du système onusien. Fort de plus de 30 années d’expérience en diplomatie et gestion de conflits, il a récemment dirigé la Mission de vérification en Colombie, contribuant activement à la consolidation de la paix post-FARC. Son profil pragmatique et son expertise budgétaire au sein de l’Assemblée générale des Nations Unies confèrent à sa nomination un signal fort : l’ONU entend reprendre la main sur le dossier haïtien.
Le défi est colossal. En 2024, plus de 5 600 personnes ont été tuées en Haïti, chiffre tragique et sans précédent depuis des décennies. La violence des groupes armés a réduit à néant la capacité de l’État à fonctionner dans plusieurs régions stratégiques. À cela s’ajoute une urgence humanitaire avec 1,3 million de déplacés internes et des poches entières du territoire national livrées à l’anarchie.
Le départ de Maria Isabel Salvador, dont le mandat s’est achevé le 30 juin dernier, avait laissé planer l’incertitude sur l’avenir du BINUH, dont la légitimité est régulièrement contestée par une partie de la société civile haïtienne. L’arrivée de Ruiz Massieu marque une tentative de relancer la coordination internationale autour d’Haïti, en conjuguant diplomatie active et réponse sécuritaire urgente.
Ce changement de leadership survient alors que le Conseil de sécurité discute encore du déploiement d’une mission multinationale d’appui à la sécurité. La nomination de Ruiz Massieu pourrait accélérer les décisions, à condition qu’il parvienne à fédérer les parties prenantes autour d’un plan clair et crédible.
À Port-au-Prince comme à New York, les attentes sont immenses. Pour Haïti, c’est une nouvelle page qui pourrait s’ouvrir — ou une répétition de scénarios inachevés. Dans ce contexte explosif, la mission du nouveau chef du BINUH ne sera pas seulement de coordonner l’aide internationale, mais de redonner sens et efficacité à la présence onusienne dans un pays à bout de souffle.








































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