La cote de popularité du président brésilien Lula chute à 45 %, tandis qu’un vaste scandale de détournements au sein de la sécurité sociale ravive les craintes de corruption et bouleverse l’agenda politique à Brasilia.



Luiz Inácio Lula da Silva, figure emblématique de la gauche brésilienne, voit sa présidence secouée par une nouvelle tempête politique. Selon l’enquête LatAm Pulse réalisée par AtlasIntel pour Bloomberg, la désapprobation du président atteint désormais 54 %, soit une progression de 4 points en un mois, tandis que sa cote d’approbation chute à 45 %. En cause : un scandale de corruption au sein de l’Institut national de la sécurité sociale (INSS) qui fragilise la confiance des citoyens et éclipse les récentes améliorations économiques.

L’affaire qui secoue le Brésil concerne des prélèvements frauduleux sur les pensions de retraite, opérés sans autorisation des bénéficiaires. Les pertes pour les retraités se chiffreraient à plusieurs milliards de reais, d’après les premiers éléments de l’enquête. Des sociétés privées, en collusion avec des agents publics, auraient accédé aux comptes des retraités pour y soutirer des fonds, sans contrôle rigoureux de l’administration.

Face à l’indignation grandissante, Lula a limogé son ministre de la Sécurité sociale et annoncé des mesures de compensation pour les victimes. Fernando Haddad, ministre des Finances, a estimé à 2 milliards de reais (environ 354 millions de dollars) le montant nécessaire pour indemniser les retraités spoliés, un coût qui pèse lourd alors que le gouvernement fait face à des contraintes budgétaires importantes.

Ce scandale intervient dans un contexte de fragilité économique persistante. Si les prévisions de croissance se sont légèrement améliorées, l’inflation reste supérieure à 5 %, affectant particulièrement les produits de première nécessité. Selon les sondages, près d’un tiers des Brésiliens considèrent l’inflation comme une priorité, mais la corruption prend désormais la première place dans les préoccupations nationales.

Cette évolution inquiète l’entourage présidentiel. Après avoir été élu en 2022 avec la promesse de restaurer l’éthique publique et protéger les plus vulnérables, Lula se retrouve confronté à un problème symbolique majeur : la perte de confiance des retraités, une base électorale historiquement acquise à sa cause.

Ce scandale pourrait bien devenir un point de bascule pour le mandat de Lula, déjà fragilisé par les tensions au Congrès et les résistances à certaines réformes économiques. Les analystes politiques estiment que la multiplication des affaires de mauvaise gestion pourrait freiner les investissements étrangers, alourdir le fardeau fiscal du gouvernement et ouvrir un boulevard aux forces conservatrices.

Les opposants à Lula, déjà prompts à dénoncer la réactivation de pratiques clientélistes, réclament une enquête parlementaire indépendante et des poursuites contre les fonctionnaires impliqués.

Photo : Reuters