Carlos Ghosn, figure légendaire et controversée de l'industrie automobile, n’a pas mâché ses mots sur la potentielle fusion entre Nissan et Honda. Dans une récente interview avec Bloomberg, il a qualifié cette alliance éventuelle de « geste désespéré », mettant en lumière les défis structurels et stratégiques auxquels ces deux géants japonais devront faire face.



Carlos Ghosn n’est pas un observateur ordinaire. L’ancien patron de Renault-Nissan-Mitsubishi est l’architecte de l’une des alliances les plus emblématiques du secteur automobile, qui a sauvé Nissan de la faillite au début des années 2000. Sa carrière, bien que marquée par des succès retentissants, a connu une chute spectaculaire avec son arrestation au Japon et sa fuite rocambolesque au Liban. Mais ses avis restent influents et résonnent toujours dans les cercles économiques et industriels.

Selon lui, la fusion entre Nissan et Honda manque cruellement de logique stratégique. « Ces deux entreprises opèrent sur les mêmes segments de marché, avec des produits et des marques similaires. Cela ne fera qu’amplifier leurs défis actuels au lieu de les résoudre », affirme Ghosn. Il souligne que cette tentative pourrait être un aveu de faiblesse de la part de Nissan, qui peine à se remettre de performances financières décevantes et d’un manque de compétitivité sur les marchés américain et européen.

Ghosn évoque également l’absence de complémentarité entre les deux entreprises. Contrairement à l’alliance Renault-Nissan-Mitsubishi, où chaque marque apportait des atouts distincts – Renault en Europe, Nissan en Asie et Mitsubishi sur le marché des véhicules utilitaires – Nissan et Honda semblent s’engager dans un partenariat qui risque de générer plus de redondances que de synergies.

Pourtant, dans un contexte où l’industrie automobile fait face à des défis majeurs comme la transition vers les véhicules électriques, les réglementations environnementales strictes et la pression pour intégrer les nouvelles technologies, les alliances peuvent être un levier essentiel. Mais comme le souligne Ghosn, elles doivent être construites sur des bases solides et non dictées par la panique.

Si la fusion Nissan-Honda voit le jour, elle pourrait bouleverser le paysage automobile mondial. Cependant, les avertissements de Ghosn rappellent que le succès d’une telle initiative repose sur une stratégie claire et une vision commune, faute de quoi elle pourrait rejoindre la liste des grandes fusions ratées de l’histoire.

Dans un secteur où l’innovation rapide est la clé de la survie, Ghosn laisse une question en suspens : Nissan et Honda sont-ils prêts à transformer leurs défis communs en opportunités ?