Chine et BRICS : vers un nouvel ordre mondial multipolaire
Par GUERCY RICHARD    22 Octobre 2024   
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En quête d'un rééquilibrage des forces mondiales, la Chine pousse à l'élargissement des BRICS pour s'imposer comme un pilier du Sud global. Avec l'appui de la Russie, Pékin défie l'hégémonie américaine, redéfinissant les contours d'un nouvel ordre géopolitique.
Le monde assiste à une mutation silencieuse mais déterminante de l'ordre mondial. Depuis quelques années, la Chine intensifie ses efforts pour façonner une nouvelle structure géopolitique, une alternative à l’ordre dominé par les États-Unis et leurs alliés occidentaux. Ce chantier stratégique prend forme à travers des forums et organisations telles que les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), un groupe qui symbolise l'ascension des puissances émergentes.
L'élargissement récent des BRICS à des nations comme l'Égypte et l'Iran n’est pas anodin. Il illustre une volonté croissante de Pékin et de Moscou de fédérer les pays du Sud global et de forger une alliance capable de contester l’hégémonie économique, politique et militaire des puissances occidentales. Ce mouvement est également renforcé par le sommet des BRICS, qui se tient à Kazan du 22 au 24 octobre, où des questions cruciales sur l’avenir de l’ordre mondial sont débattues.
Une alliance stratégique pour défier l'Occident
La Chine, moteur principal des BRICS, profite de ce sommet pour resserrer ses liens avec les pays émergents. En adoptant une diplomatie plus active dans ces régions, Pékin se positionne comme un leader alternatif à la domination occidentale. Dans ce contexte, l'expansion des BRICS s'inscrit dans une stratégie globale visant à accroître l'influence de la Chine sur la scène internationale.
Pékin et Moscou ont trouvé un terrain d'entente : défier ensemble l’ordre mondial actuel. En soutenant le renforcement des BRICS, la Chine et la Russie cherchent à légitimer une vision d'un monde multipolaire où les puissances émergentes auraient leur mot à dire. Le sommet de Kazan est donc un point focal de cette stratégie, permettant aux dirigeants des pays BRICS d'affirmer leur rôle dans la construction d’un monde "plus juste", comme l’a souligné le Kremlin.
Pour la Russie, ce sommet représente bien plus qu'un simple exercice diplomatique. En pleine crise avec l'Occident, accentuée par les sanctions économiques après l’invasion de l'Ukraine, la Russie veut prouver qu'elle n’est pas isolée. Ce sommet de Kazan se veut être une démonstration de force, réunissant une vingtaine de dirigeants étrangers, dont des acteurs clés comme le président chinois Xi Jinping, le président iranien Massoud Pezeshkian, et le président indien Narendra Modi. Cette rencontre reflète la capacité de Poutine à tisser des alliances, malgré l’hostilité occidentale.
La Chine : architecte d'un nouvel ordre mondial
Pour Pékin, ces initiatives internationales ne se limitent pas à la diplomatie économique. En élargissant les BRICS, la Chine voit une opportunité de légitimer son modèle de gouvernance et d'exporter son influence politique. La stratégie est claire : devenir un contrepoids sérieux aux États-Unis sur la scène mondiale. En alignant ses intérêts avec ceux de Moscou, tout en attirant des pays émergents comme l’Iran ou l’Égypte, la Chine tente de créer un cadre de coopération mondiale en dehors de l’orbite occidentale.
Le message est limpide : il existe une alternative à l'ordre mondial basé sur la suprématie du dollar et sur les règles économiques dictées par les institutions comme le FMI ou la Banque mondiale. En adoptant un discours axé sur un "ordre mondial plus juste", les BRICS veulent se positionner comme une plateforme pour un développement plus équitable, où les pays en développement auront plus de voix dans la gouvernance mondiale.
Les BRICS : une force géopolitique en devenir ?
Si le potentiel des BRICS en tant que bloc géopolitique est indéniable, la coopération entre ses membres n’est pas sans défis. La diversité des systèmes politiques, des économies et des priorités nationales complique la mise en place d'une vision commune. Cependant, la Chine et la Russie entendent jouer un rôle central dans l'orientation des BRICS vers des objectifs stratégiques communs.
Ce sommet de Kazan montre également la nécessité pour les BRICS de se doter d’instruments concrets pour peser sur les affaires internationales. Le lancement d'une monnaie commune, souvent évoquée, pourrait représenter un pas décisif pour limiter la dépendance au dollar américain et renforcer l'autonomie économique du bloc.
Une réponse aux tensions internationales
Les tensions géopolitiques mondiales, notamment la guerre en Ukraine, exacerbent les divisions entre le bloc occidental et les pays émergents. Les BRICS, sous la houlette de la Chine et de la Russie, entendent tirer parti de ces fractures pour consolider leur influence. Poutine cherche ainsi à montrer que la Russie est loin d’être isolée, tandis que Xi Jinping ambitionne de renforcer le rôle international de la Chine.
Les tensions autour de Taïwan, les sanctions économiques imposées à la Russie, et les relations compliquées avec l’Occident renforcent la nécessité pour ces puissances de se tourner vers des alliés comme l’Iran, la Corée du Nord, ou la Turquie pour trouver de nouveaux points d’appui diplomatique.
En conclusion,
Alors que les BRICS élargissent leur cercle d'influence, la Chine et la Russie se posent comme les leaders d'une transformation en profondeur de l'ordre mondial. En formant un bloc puissant avec les pays émergents, ces nations veulent créer un contrepoids face à la domination économique et politique des États-Unis et de leurs alliés. Le sommet de Kazan marque une étape clé dans cette quête de légitimité et de puissance, reflétant l'ambition de Pékin et de Moscou de remodeler l'échiquier géopolitique mondial.
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GUERCY RICHARD
Web-Journaliste, Data Analyste, Spécialiste en Gestion de PROJET, entrepreneur social & Coach en développement d'entreprises
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