Alors que les États-Unis envisagent de s’engager militairement aux côtés d’Israël contre l’Iran, Pékin et Moscou cherchent à s’imposer comme des voix de raison sur la scène internationale, appelant à la désescalade et à une solution diplomatique.
En pleine montée des tensions au Moyen-Orient, la Chine et la Russie tentent de redéfinir les équilibres diplomatiques. Lors d’un échange téléphonique tenu jeudi, les présidents Vladimir Poutine et Xi Jinping ont affiché une posture commune : celle de garants de la stabilité internationale. Alors que Donald Trump pèse encore sa décision de rejoindre militairement Israël dans sa campagne contre l’Iran, Moscou et Pékin dénoncent ouvertement l’escalade et appellent à la retenue.
Le Kremlin a qualifié les frappes israéliennes de violation flagrante de la Charte des Nations Unies et des normes du droit international. De son côté, la lecture officielle chinoise s’est voulue plus mesurée. Le président Xi Jinping, sans aller jusqu’à condamner Israël, a appelé à un cessez-le-feu immédiat, exhortant les grandes puissances à calmer les tensions plutôt qu’à les alimenter — un message à peine voilé à l’attention de Washington.
Cette crise régionale représente pour Pékin et Moscou une occasion stratégique : celle de s’ériger en contrepoids au leadership américain et de renforcer leur influence dans une région historiquement dominée par l’Occident. Plusieurs analystes chinois notent que Trump, malgré sa rhétorique isolationniste, risque d’enliser les États-Unis dans une nouvelle « guerre sans fin », au détriment de son objectif affiché de recentrage vers l’Indo-Pacifique.
La Chine et l’Iran entretiennent des liens stratégiques solides. Pékin importe massivement du pétrole iranien, soutient Téhéran à l’ONU, et a inclus l’Iran dans ses organisations multilatérales telles que les BRICS et l’Organisation de Coopération de Shanghai. En 2023, Pékin avait déjà surpris la communauté internationale en facilitant le rapprochement entre l’Arabie saoudite et l’Iran, affirmant ainsi son ambition de jouer un rôle central au Moyen-Orient.
La Route de la soie chinoise place également l’Iran dans une position géostratégique clé, notamment à proximité du détroit d’Ormuz — couloir vital pour les importations énergétiques chinoises.
Dans cette optique, la Chine, tout comme la Russie, s’est déclarée disponible pour jouer un rôle de médiateur entre Israël et l’Iran. Xi Jinping a proposé quatre pistes de désescalade, notamment la relance du dialogue sur le nucléaire iranien et la protection des civils. Son ministre des Affaires étrangères, Wang Yi, a multiplié les appels téléphoniques cette semaine, s'entretenant avec ses homologues en Iran, en Israël, en Égypte et à Oman.
Mais les ambitions diplomatiques de la Chine se heurtent à ses limites structurelles : peu d’expérience dans la résolution de conflits complexes, absence de présence militaire significative dans la région, et résultats jusqu’ici symboliques dans les efforts de médiation, comme ceux entamés au début du conflit à Gaza.
Pendant ce temps, Pékin continue de soutenir diplomatiquement la Russie dans sa guerre contre l’Ukraine, tout en revendiquant un statut de faiseur de paix impartial.
Malgré ces contradictions, la stratégie sino-russe semble porter ses fruits dans une partie du monde : le Sud global, de plus en plus sceptique face à l’unilatéralisme américain. Dans ce contexte, se présenter comme force de modération dans la crise Israël-Iran représente déjà un gain d’image et d’influence pour Xi Jinping et Vladimir Poutine.
Source : CNN








































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