Face à l’hégémonie des États-Unis et de la Chine en matière d’intelligence artificielle, l’Union européenne riposte avec un plan colossal de 200 milliards d’euros. Baptisée "EU AI Champions Initiative", cette offensive technologique ambitionne de doter l’Europe d’infrastructures de calcul ultra-puissantes et de propulser ses entreprises au sommet de l’IA mondiale.



Lors du Sommet de l’IA à Paris, Ursula von der Leyen a levé le voile sur ce programme ambitieux qui réunit plus de 60 entreprises dans une alliance public-privé inédite. L’objectif est clair : faire de l’Europe un acteur incontournable du secteur, capable de rivaliser avec les mastodontes américains et asiatiques. Pour y parvenir, l’UE mise sur des gigafactories de l’IA, de véritables centres de calcul à grande échelle destinés à fournir la puissance nécessaire à l’entraînement des modèles d’intelligence artificielle.

La Commission européenne a déjà validé la construction de sept usines en décembre dernier, et cinq nouvelles suivront prochainement. Ces infrastructures, annoncées comme quatre fois plus puissantes que celles en cours de construction, doivent combler un retard technologique préoccupant. Car en face, la concurrence avance à grande vitesse : le projet américain Stargate, porté par SoftBank, OpenAI et Oracle, prévoit un budget de 500 milliards de dollars sur quatre ans pour asseoir la domination des États-Unis dans ce domaine stratégique.

L’un des défis majeurs auxquels l’Europe doit faire face est l’accès aux ressources de calcul. Aujourd’hui, les entreprises européennes développant des modèles d’IA se heurtent à une infrastructure limitée. Mistral AI, fleuron français du secteur, a déjà alerté sur le manque de supercalculateurs, les obligeant à recourir aux services américains. Avec ce plan, Bruxelles entend mettre un terme à cette dépendance en offrant aux entreprises européennes des solutions de calcul performantes et sécurisées.

Le financement de cette initiative reposera sur InvestAI, un fonds mêlant capitaux publics et privés, alimenté par les programmes Digital Europe, Horizon Europe et InvestEU. Certains fonds de cohésion des États membres seront également mobilisés pour garantir la viabilité du projet. Cette approche vise à stimuler l’innovation européenne tout en réduisant la dépendance au cloud et aux infrastructures américaines.

En dotant l’Europe d’un écosystème de calcul à la hauteur des enjeux, la Commission espère non seulement renforcer la compétitivité du continent, mais aussi promouvoir une intelligence artificielle éthique et souveraine. La bataille pour l’IA ne se joue pas seulement sur le terrain technologique : elle est aussi politique et économique. Alors que Washington et Pékin imposent leurs modèles, l’UE veut tracer sa propre voie en garantissant une IA de confiance, alignée sur ses valeurs et son cadre réglementaire strict.

Avec ces 200 milliards d’euros d’investissements, l’Union européenne se donne les moyens de peser dans le grand jeu de l’IA mondiale. Mais ce programme suffira-t-il à combler l’écart avec les États-Unis et la Chine ? L’Europe a pris du retard, mais elle entend bien prouver qu’elle peut encore jouer un rôle clé dans la révolution numérique en cours.