Alors que le pays s’enfonce dans l’insécurité et le chaos, la représentante de l’ONU en Haïti tire sa révérence sans bilan positif, au moment où les violences atteignent des niveaux records.
Après 26 mois à la tête du Bureau Intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH), la diplomate équatorienne María Isabel Salvador a annoncé qu’elle quittait ses fonctions. Une décision rendue publique le lundi 30 juin 2025, alors qu’Haïti traverse l’une des pires crises sécuritaires et institutionnelles de son histoire récente.
« Je pars avec le cœur rempli de respect et d’affection pour ce beau pays et son peuple. L’ONU restera toujours aux côtés des Haïtiens avec la conviction qu’Haïti surmontera ses obstacles », a écrit la diplomate sur le compte officiel X du BINUH.
Mais derrière ces mots, le constat est implacable : sous sa direction, la situation en Haïti s’est considérablement détériorée. Selon les chiffres de l’ONU, au moins 5 601 personnes ont été tuées en 2024 et, rien que pour les trois premiers mois de 2025, 1 617 Haïtiens ont été assassinés, tandis que 580 autres ont été blessés dans des violences liées aux gangs, à la police ou à des groupes armés.
Durant cette même période, 161 cas d’enlèvements ont été recensés, la majorité ayant eu lieu dans le département de l’Artibonite, où les familles ont dû verser de lourdes rançons pour obtenir la libération de leurs proches.
Les gangs armés ont élargi leur contrôle sur de nombreux territoires, notamment dans la capitale et ses environs : Delmas 30, une partie de Delmas 19, Christ-Roi, Tabarre 27, Poste Marchand, Solino, Carrefour-Feuilles, Nazon, mais aussi dans des zones rurales comme Kenscoff, Saut-d’Eau, Mirebalais et Lascahobas. Plusieurs prisons, dont celle du Pénitencier national, de Cabaret, de Croix-des-Bouquets et de Mirebalais, ont été attaquées, permettant la libération de centaines de détenus, dont des criminels notoires.
Conséquence directe de cette insécurité généralisée : plus de 1,3 million de personnes déplacées internes, selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), vivant dans des conditions précaires à travers le pays.
María Isabel Salvador, diplomate chevronnée avec plus de 25 ans d’expérience dans la gouvernance, la diplomatie et les affaires publiques, avait été nommée le 1er mars 2023 par le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, et avait pris ses fonctions le 3 avril de la même année. Elle s’était engagée à œuvrer pour la sortie de crise et le retour à l’ordre démocratique. Deux ans plus tard, aucune élection n’a été organisée, et le vide institutionnel persiste : pas de président, pas de Parlement, et un Conseil présidentiel de transition contesté.
Après l’échec retentissant d’Helen La Lime, qui avait occupé ce poste avant elle, le mandat de María Isabel Salvador s’achève sur un nouveau constat d’impuissance de la communauté internationale face au chaos haïtien.









































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