Avec plus de 144 milliards de gourdes de marchandises importées sur les six premiers mois de l’exercice fiscal 2024-2025, les 100 plus grands importateurs façonnent les tendances économiques et fiscales d’Haïti. Cristo S.A., en tête de ce palmarès, illustre à elle seule les enjeux stratégiques du commerce extérieur haïtien.
Le commerce extérieur haïtien continue de se concentrer entre les mains d’un cercle restreint d’entreprises dominantes. Le classement des 100 plus grands importateurs pour le premier semestre fiscal 2024-2025, publié par l’Administration Générale des Douanes (AGD) et relayé par Le Nouvelliste, dévoile une réalité économique frappante : Cristo S.A. (CRISTOFERUS) surclasse toutes les autres entreprises avec une valeur en douane dépassant les 31 milliards de gourdes, suivie par Total Distribution Company S.A. avec 5 milliards, puis Huileries Haïtiennes S.A. avec plus de 2 milliards de gourdes. Ces trois entreprises concentrent à elles seules plus de 46 % des droits et taxes acquittés par les 100 plus gros importateurs.
Cette concentration témoigne non seulement d’une asymétrie structurelle du tissu économique, mais elle souligne aussi l’importance de ces firmes dans les recettes fiscales douanières, vitales pour l’État haïtien. Sur une période marquée par un ralentissement de la croissance et une instabilité politique persistante, les importations de ces entreprises deviennent des indicateurs de résilience, de pouvoir de marché et d’accès au crédit international.
Au total, entre octobre 2024 et mars 2025, 144,43 milliards de gourdes de marchandises ont été enregistrées à l'importation (hors pétrole), générant 36,19 milliards de gourdes en droits et taxes pour l’État haïtien. Cela représente plus de 56 % des recettes douanières nationales pour la période, confirmant que l’économie nationale reste fortement dépendante des importations et du rôle pivot de ces entreprises dans le financement de l’administration publique.
Dans un contexte de dépréciation continue de la gourde, d’insécurité croissante et de rareté de capitaux productifs, ces chiffres révèlent plusieurs dynamiques critiques : la polarisation du commerce formel autour d’acteurs hyper-dominants; le recul relatif des PME importatrices qui peinent à rester compétitives; une vulnérabilité structurelle de l’État haïtien, tributaire de quelques dizaines d'entreprises pour ses ressources fiscales.
Par ailleurs, les données montrent que l’industrie alimentaire et les produits de grande consommation occupent une place prépondérante. Outre les firmes précitées, on note la performance de Brasserie Nationale d’Haïti (BRANA), MSC Trading, Industrie San Miguel d’Haïti, Caribbean Grain Company, et Sodipal S.A., tous orientés vers la consommation de masse. Le secteur logistique, représenté notamment par Golden Items Logistics et Union Food S.A., consolide aussi son importance dans la chaîne d’approvisionnement nationale.
Cette concentration sectorielle pose la question d’une politique publique d’équilibre économique. Que fait-on pour renforcer la production locale ? Quelle stratégie pour la diversification des importateurs et la réduction de la dépendance aux flux extérieurs ?
L’heure est venue pour les décideurs haïtiens de considérer les importateurs comme des partenaires stratégiques de la relance économique. Des incitations fiscales à la production locale en passant par un accès facilité au crédit pour les petites entreprises, il est essentiel de repenser la matrice économique haïtienne autour d’une meilleure résilience, d’une souveraineté alimentaire et d’un tissu entrepreneurial plus équitable.
En attendant, Cristo S.A. et ses pairs continueront de dicter la dynamique du commerce extérieur haïtien, avec à la clé une influence systémique sur les finances publiques et les conditions de vie de millions de consommateurs.










































Laisser un commentaire