La relation commerciale entre les États-Unis et le Brésil affiche des chiffres impressionnants en 2024, avec des échanges de marchandises atteignant 92 milliards de dollars. Mais derrière ces statistiques florissantes se cache une architecture fragile, fondée sur des protocoles bilatéraux complexes, des enjeux géopolitiques mouvants, et une dynamique qui oscille entre coopération stratégique et rivalité silencieuse.
Depuis la signature de l’Accord-cadre sur la coopération commerciale et économique (ATEC) en 2011, Washington et Brasilia ont formalisé une volonté commune de dialogue économique structuré. Mais ce n’est qu’en 2020 que l’accord prend une ampleur stratégique, avec l’adoption d’un protocole additionnel axé sur la transparence, la facilitation des échanges, la régulation responsable et la lutte contre la corruption. Ce texte, entré en vigueur en 2022, symbolise un pas décisif vers une modernisation des échanges, dans un contexte où les tensions commerciales mondiales imposent une redéfinition permanente des alliances.
En 2024, les chiffres parlent d’eux-mêmes : les exportations américaines vers le Brésil ont atteint 49,7 milliards de dollars, en hausse de 11,3 % par rapport à 2023. Cette performance reflète à la fois une diversification accrue des produits exportés (technologie, machines, produits chimiques, biens de consommation), mais aussi une stabilité politique retrouvée au Brésil après des années de turbulences institutionnelles. L’importation de produits brésiliens vers les États-Unis, elle, s’est élevée à 42,3 milliards de dollars, un bond de 8,3 % en un an. Cette croissance repose sur des secteurs clés comme l’agro-industrie, l’énergie, les minerais et l’aéronautique, où le Brésil reste un fournisseur incontournable.
Résultat : un excédent commercial de 7,4 milliards de dollars en faveur des États-Unis, soit une augmentation de près de 32 % par rapport à l’année précédente. Un chiffre qui rassure les stratèges de la Maison Blanche, soucieux d’équilibrer une balance commerciale souvent déficitaire avec d’autres grandes puissances.
Mais au-delà des données brutes, cette relation est tout sauf linéaire. Le contexte géopolitique changeant, les tensions sino-américaines, la montée des nationalismes économiques, ou encore la fragilité des chaînes d’approvisionnement post-pandémie, viennent fragiliser cette coopération transhémisphérique. Si les deux pays maintiennent un dialogue régulier via le cadre de l’ATEC, les divergences structurelles, notamment sur les normes environnementales, la taxation numérique ou les subventions agricoles, restent des points de friction latents.
Le Brésil, pilier des BRICS, entend conserver sa souveraineté stratégique tout en bénéficiant des flux commerciaux nord-américains. Les États-Unis, quant à eux, voient dans le Brésil un partenaire-clé pour contenir l’influence chinoise en Amérique latine et sécuriser certains approvisionnements critiques. Un jeu d’équilibriste qui oblige les deux capitales à avancer sur une ligne fine : entre ouverture commerciale et protection des intérêts nationaux.
Dans un monde où les alliances se redéfinissent au rythme des crises, la relation économique entre les États-Unis et le Brésil reste l’un des axes les plus dynamiques et stratégiques de l’hémisphère occidental. Elle incarne à la fois les promesses de la coopération Sud-Nord du XXIe siècle, et les tensions inévitables d’un commerce international de plus en plus politisé.
Source : https://ustr.gov/countries-regions/americas/brazil?hl=en-US








































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