Trump hausse le ton et menace de nouvelles surtaxes si Bruxelles ne cède pas. Les négociations stagnent, les représailles se préparent. Le spectre d’une guerre commerciale globale plane à nouveau sur les relations transatlantiques.



Les relations économiques entre Washington et Bruxelles sont une fois de plus en ébullition. Sous la pression directe de Donald Trump, l’administration américaine somme l’Union européenne de réduire unilatéralement ses droits de douane sur les produits américains, sans quoi de nouvelles sanctions tarifaires tomberont comme un couperet. Cette escalade commerciale USA-UE pourrait redessiner les équilibres du commerce international dans les mois à venir.

Washington accuse Bruxelles d’immobilisme. En ligne de mire : l’absence de concessions sur la taxe numérique, qui vise principalement les géants technologiques américains, mais aussi le refus de reconnaître les normes agroalimentaires des États-Unis. Pour Trump, ces blocages reflètent « une volonté européenne de freiner l’innovation américaine » au nom de prétextes environnementaux et sanitaires jugés « non scientifiques ».

Face à cette offensive verbale et tarifaire, l’Union européenne tente de temporiser. Elle propose une réponse en trois volets : des réductions douanières mutuelles, un dialogue sur les normes, les droits sociaux et environnementaux, et la suspension provisoire de 23 milliards d’euros de droits de douane sur des produits américains emblématiques.


Mais ces propositions sont jugées insuffisantes par l’administration Trump, qui réclame une capitulation en règle, pas un compromis équilibré. En représailles, les États-Unis ont déjà rétabli des droits de douane de 20 % sur une large gamme de produits européens, notamment dans les secteurs de l'acier, de l’automobile, du textile et des équipements industriels.

Et l’offensive tarifaire ne semble pas s’arrêter là. Washington envisage désormais d’étendre les sanctions aux semi-conducteurs, au secteur pharmaceutique et aux boissons alcoolisées, frappant ainsi au cœur des industries stratégiques européennes.

Bruxelles ne reste pas passive : une riposte douanière ciblant 95 milliards d’euros d’importations américaines est déjà sur la table. Parmi les produits visés figurent des denrées agricoles, du tabac, des motos, des services numériques et même des composants aéronautiques. Une guerre commerciale transatlantique, jadis impensable entre deux alliés historiques, devient chaque jour plus probable.

Dans les coulisses, les négociateurs transpirent. « Échanger des lettres n’est pas un progrès réel », confie l’un d’eux, désabusé. Le prochain round de négociation, prévu à Paris le mois prochain, sera crucial. Ce rendez-vous pourrait marquer soit le retour au dialogue, soit la cristallisation du conflit économique entre les deux blocs les plus puissants du monde occidental.

Derrière cette bataille tarifaire, c’est un bras de fer géopolitique qui se joue. Trump veut redéfinir les termes de l’échange international, imposer une vision ultranationaliste du commerce, et redonner la priorité à l’industrie américaine, même au prix d’un isolement partiel. L’Union européenne, de son côté, tente de préserver un multilatéralisme menacé, tout en protégeant ses secteurs clés d’une pression unilatérale jugée illégitime.

Alors, simple tension passagère ou fracture durable ? Tout dépendra de la capacité des diplomaties à reconstruire la confiance. Car si aucun compromis n’est trouvé d’ici juillet, le monde pourrait bien basculer dans une nouvelle ère protectionniste, marquée par les tarifs punitifs, les nationalismes économiques et une fragilisation globale des chaînes de valeur.