Alors que Bruxelles hausse le ton contre Pékin, accusé de déséquilibrer les règles du commerce mondial, la Chine contre-attaque avec une rhétorique acérée et un appel à l’introspection européenne. Ce duel économique à haute tension révèle les failles d’un système commercial mondial en quête de nouveaux équilibres.



Loin des clichés d’un dragon silencieux, Pékin montre désormais les crocs. Après les déclarations musclées de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, dénonçant les "distorsions de concurrence" et l’accès jugé restreint des entreprises européennes au marché chinois, la réponse chinoise ne s’est pas fait attendre. Mao Ning, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, a décoché une flèche cinglante : « Ce qui doit être rééquilibré, c’est l’état d’esprit de l’UE, pas les relations économiques sino-européennes. »

Derrière cette joute verbale, se joue une partie stratégique aux enjeux colossaux. L’Union européenne, tout comme les États-Unis, redoute la "surcapacité industrielle chinoise", notamment dans les secteurs des véhicules électriques, des panneaux solaires ou des technologies vertes, produits à bas coût et massivement exportés. Bruxelles brandit la menace de sanctions, d’enquêtes anti-subventions et de barrières douanières. Pékin, de son côté, dénonce une hypocrisie occidentale, rappelant que le marché européen des appels d’offres publics reste largement fermé aux firmes chinoises.

Le nerf de la guerre ? La technologie. Les restrictions américaines sur les semi-conducteurs et les équipements stratégiques, appuyées discrètement par certains pays européens, visent à contenir l’essor technologique chinois, notamment dans l’intelligence artificielle et la défense. Ce découplage technologique, bien plus insidieux que les droits de douane, pourrait redéfinir l’architecture du commerce mondial dans les années à venir.

Dans cette guerre d’influence commerciale, la Chine tente une manœuvre d’ouverture partielle. Pékin dit être prêt à importer davantage de produits européens de qualité, de quoi apaiser les tensions ? Pas si sûr. Selon Bloomberg, les autorités chinoises envisagent d’annuler une partie du sommet sino-européen prévu ce mois-ci, signe tangible d’un refroidissement diplomatique.

Ce qu’il faut retenir pour les observateurs économiques :

Les tensions sino-européennes s’inscrivent dans une reconfiguration géoéconomique mondiale dominée par la rivalité technologique et les enjeux de souveraineté industrielle.

L’Europe, tiraillée entre son partenaire commercial chinois et son allié stratégique américain, devra clarifier sa position pour éviter l’isolement.

Le commerce mondial entre dans une nouvelle ère, moins ouverte, plus stratégique, où les alliances commerciales seront aussi politiques que technologiques.

Dans ce jeu d’équilibre incertain, la mondialisation douce laisse place à une mondialisation stratégique, faite de coups de boutoirs diplomatiques, de nationalisme économique et de rapports de force. L’Europe devra jouer serré, car le dragon n’a pas dit son dernier mot.