Pas de Conseil des ministres ce mercredi 21 mai 2025. La priorité est ailleurs : le Comité de pilotage de la Conférence nationale remet officiellement au Conseil Présidentiel de Transition (CPT) un premier projet de nouvelle Constitution, fruit de larges consultations nationales et diasporiques.



Port-au-Prince, 21 mai 2025 – Alors que la crise politique et institutionnelle continue de paralyser l'administration publique, un événement marquant se déroule à la Villa d’Accueil : la remise officielle du premier draft de la nouvelle Constitution d’Haïti au Conseil Présidentiel de Transition (CPT). Ce texte fondateur, élaboré par le Comité de pilotage de la Conférence Nationale, marque une étape déterminante dans le processus de refondation de l’État haïtien.

À la tête de ce comité stratégique, l’ancien Premier ministre Enex Jean-Charles, connu pour son passage au gouvernement sous Jocelerme Privert (2016-2017), semble retrouver les leviers du pouvoir. Depuis son installation le 23 août 2024, il pilote les travaux entouré de figures reconnues telles que le diplomate Pierre Antoine Louis, et d'autres membres comme Joram Vixamar, Amary Joseph Noël, Norah Jean François, Widline Pierre, Gédéon Charles et Christine Stephenson.

Selon des sources proches du dossier, le document en préparation prévoit plusieurs changements structurels majeurs : réduction du nombre de sénateurs à deux par département, contre trois actuellement, suppression du poste de délégué départemental, remplacé par un gouverneur élu ou nommé, dissolution des structures locales comme les CASEC et ASEC, souvent critiquées pour leur inefficacité.

Si ces propositions visent à rationaliser l’appareil étatique et à renforcer l'efficacité des institutions, elles soulèvent également des inquiétudes concernant la centralisation accrue du pouvoir et la représentativité des collectivités territoriales.

Ce premier draft constitutionnel est présenté comme l'aboutissement d’une large série de consultations citoyennes menées tant en Haïti qu’au sein de la diaspora haïtienne, un geste salué par plusieurs observateurs comme une tentative de légitimation démocratique du processus.

La réception du document par le CPT ouvre désormais la voie à des débats publics, à une validation politique et, possiblement, à un référendum populaire dans les mois à venir. Toutefois, des zones d’ombre demeurent sur la méthodologie d’adoption, la légitimité du CPT à promulguer une nouvelle Constitution, et la participation réelle du peuple haïtien dans cette refondation.

À travers cette initiative, Haïti tente de rompre avec les échecs constitutionnels du passé, mais le succès du projet dépendra de sa capacité à rassembler toutes les forces vives de la nation autour d’un consensus clair et inclusif.