Le mariage somptueux de Jeff Bezos à Venise, estimé à 17,5 millions de dollars, suscite l’admiration des curieux… et l’indignation de nombreux militants. Derrière les strass et les paillettes, une contestation sociale et écologique monte contre les excès de la richesse privée.
Du 26 au 28 juin 2025, l’union entre Jeff Bezos, fondateur d’Amazon et troisième fortune mondiale, et Lauren Sánchez, ex-journaliste et pilote, transforme Venise en théâtre d’un luxe sans limite. Entre monuments privatisés, vedettes planétaires invitées et cérémonies à huit chiffres, l’événement fascine autant qu’il scandalise.
Bezos a vu grand : fermeture partielle de la ville, locations exclusives de sites historiques, déploiement de dispositifs sécuritaires inédits, tout a été orchestré pour faire de son mariage un moment grandiose. L’Arsenale de Venise, un complexe médiéval imposant, a finalement été choisi comme lieu principal de la cérémonie, après que les protestations ont forcé l’abandon de la Scuola Grande della Misericordia.
Mais ce faste a un prix… politique et social. Sous le slogan « No Space for Bezos », une quinzaine d’organisations écologistes et activistes, dont Greenpeace et Everyone Hates Elon, ont manifesté contre ce qu’elles qualifient de « privatisation croissante des espaces publics » et d’injustice fiscale flagrante.
Leur message ? Clair et provocateur : « Si vous pouvez louer Venise pour votre mariage, vous pouvez payer plus d’impôts. » Cette phrase, imprimée sur une banderole géante aux pieds du palais des Doges, est rapidement devenue virale avant d’être retirée par la police locale. Une autre action symbolique a vu un mannequin de Bezos, cramponné à un carton Amazon flottant sur le Grand Canal, exhibé comme une satire vivante de l’opulence capitaliste.
Dans un communiqué, une agence britannique ayant revendiqué l'opération évoque une critique plus large : « Ce n’est pas contre l’amour, c’est contre la richesse incontrôlée, le contrôle des médias et l’effacement progressif du bien commun. »
Et la contestation ne s’arrête pas là. Le 28 juin, des militants vénitiens envisagent de bloquer les canaux d’accès au site de la cérémonie avec des bateaux, dans un esprit festif mais résolu. « Nous voulons que ce soit une fête, avec de la musique, pour dire : notre Venise n’est pas à vendre », déclare Federica Toninello, figure locale du mouvement Social Housing Assembly.
Dans la ville des Doges, les opinions sont divisées. Si certains saluent l’événement comme une vitrine mondiale bénéfique pour l’économie locale — notamment grâce aux dons promis par Bezos à la recherche sur la lagune — d’autres pointent du doigt l’accaparement des lieux publics, les nuisances pour les habitants et les touristes, et un message inquiétant sur l’état des inégalités globales.
À travers ce mariage, c’est bien le débat sur la légitimité de l’hyper-richesse, la justice fiscale et l’accès équitable aux espaces communs qui est relancé. Le silence de Bezos face aux critiques ne fait qu’alimenter la colère. Pour beaucoup, Venise, joyau du patrimoine mondial, ne devrait pas devenir un terrain de jeu pour les milliardaires, mais rester un bien partagé.








































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