Face aux frappes israéliennes d’une intensité inédite et aux menaces de Washington, le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, avertit que toute implication militaire des États-Unis déclencherait des « dégâts irréparables ». La crise Israël-Iran s’internationalise.



TÉHÉRAN — En pleine escalade militaire au Moyen-Orient, l’ayatollah Ali Khamenei a rejeté catégoriquement, ce mercredi 18 juin 2025, l’exigence de "capitulation inconditionnelle" formulée par Donald Trump, qualifiant les propos du président américain de « menaces absurdes ». Dans un message lu à la télévision d’État iranienne, le guide suprême, dont l’apparition publique depuis les frappes israéliennes reste très rare, a mis en garde contre toute intervention militaire américaine, affirmant qu’elle entraînerait des « conséquences irréparables » pour les États-Unis.

Ce message, diffusé avec parcimonie, confirme la stratégie de communication prudente de Téhéran et souligne la gravité de la situation. Un enregistrement vidéo du discours est attendu ultérieurement, probablement pour des raisons de sécurité, alors que la localisation actuelle du guide reste inconnue.

Donald Trump, qui avait dans un premier temps pris ses distances avec l’attaque surprise d’Israël contre l’Iran le 13 juin, semble désormais s’engager plus ouvertement. Sur Truth Social, il a réaffirmé sa position, menaçant le régime iranien tout en reconnaissant que les États-Unis savaient « exactement où se cache Khamenei », ajoutant toutefois qu’il ne prévoyait pas de le cibler « du moins pour l’instant ». Dans le même souffle, il a déclaré vouloir aller au-delà d’un simple cessez-le-feu, évoquant une réponse « beaucoup plus importante ».

Téhéran, de son côté, prépare l’opinion publique à une guerre totale. Mercredi, le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmail Baghaei, a averti que toute intervention américaine ouvrirait la voie à un « conflit généralisé ». Il a également rejeté toute concession sur le programme nucléaire iranien, déclarant que l’enrichissement de l’uranium se poursuivra pour des fins pacifiques, malgré les attaques israéliennes contre les infrastructures nucléaires du pays.

Les frappes israéliennes s’intensifient, visant notamment des installations de centrifugeuses à uranium, des entrepôts de missiles et des bases militaires en Iran. Selon l’armée israélienne, au moins dix missiles iraniens ont été interceptés dans la nuit, et des frappes ciblées ont eu lieu dans l’ouest et autour de Téhéran, notamment dans le quartier de Hakimiyeh, où est située une académie des Gardiens de la Révolution. L’AIEA a confirmé que deux sites nucléaires en périphérie de la capitale iranienne ont été touchés.

Le bilan humain est dramatique. L’ONG Human Rights Activists, basée à Washington, recense 585 morts en Iran, dont 239 civils et 126 membres des forces de sécurité, tandis que les autorités iraniennes, dans leur dernière communication officielle lundi, évoquaient 224 morts et 1 277 blessés. Le contraste entre les chiffres témoigne du flou entretenu par le régime sur l’ampleur réelle des pertes. À Téhéran, les commerces ferment, les stations-service sont prises d’assaut, et les habitants fuient massivement la capitale.

Du côté israélien, la riposte iranienne s’est traduite par le tir de près de 400 missiles et centaines de drones, provoquant la mort d’au moins 24 personnes, selon les autorités israéliennes. De nombreux projectiles ont endommagé des immeubles résidentiels, forçant des milliers d’Israéliens à se réfugier dans les abris antiaériens. Toutefois, la cadence des tirs iraniens diminue, probablement à cause des frappes israéliennes contre les lanceurs et les infrastructures logistiques.

Le programme nucléaire iranien reste au cœur du conflit. Bien que Téhéran insiste sur son usage civil, l’enrichissement à 60 % du niveau d’uranium — proche des 90 % requis pour une bombe — alimente la méfiance. Les agences de renseignement américaines, elles, estiment toujours que l’Iran ne développe pas activement une arme nucléaire. En réaction, l’ambassadeur iranien à Genève, Ali Bahreini, a affirmé que « les scientifiques iraniens poursuivront leurs travaux » et que les frappes israéliennes n’avaient pas affecté « de manière significative » les capacités de recherche.

Pendant ce temps, Israël relance partiellement son activité aérienne. Deux vols en provenance de Chypre ont atterri à l’aéroport Ben Gourion de Tel-Aviv, rouvrant l’espace aérien après plusieurs jours de fermeture en raison des attaques balistiques. Des milliers d’Israéliens, bloqués à l’étranger, espèrent pouvoir rentrer rapidement.

La communauté internationale assiste, impuissante, à une crise qui pourrait redessiner les équilibres géopolitiques régionaux. En toile de fond, les enjeux migratoires et sécuritaires se renforcent, notamment pour les milliers de travailleurs migrants présents dans les pays du Golfe et pour les réfugiés dont le sort reste incertain dans un contexte de militarisation croissante.