À 86 ans, Klaus Schwab quitte la présidence du Forum économique mondial, laissant derrière lui un demi-siècle d’influence sur la gouvernance économique globale. Ce départ marque un tournant dans l’histoire de la mondialisation et soulève de nouvelles interrogations sur l’avenir du WEF, dans un monde où la défiance envers les élites n’a jamais été aussi forte.



Le monde des affaires et de la politique mondiale retient son souffle : Klaus Schwab, figure tutélaire de la mondialisation et fondateur du Forum économique mondial (WEF), a annoncé ce lundi sa démission immédiate de la présidence de l’organisation, ainsi que de son conseil d’administration. Créé en 1971, le Forum de Davos perd ainsi son architecte, celui qui l’a façonné pendant plus de 50 ans pour en faire une scène incontournable des décideurs économiques, politiques et scientifiques du globe.

C’est Peter Brabeck-Letmathe, ancien PDG de Nestlé, qui reprend la barre dans un contexte géopolitique et économique fragmenté, où les grands équilibres sont remis en question. Le Forum économique mondial, qui se veut un catalyseur de coopération internationale, reste un symbole puissant de cette mondialisation dirigée par les élites — une mondialisation aujourd’hui en proie à des remises en cause profondes.

Le legs de Klaus Schwab est aussi riche que controversé. Sous sa houlette, Davos est devenu le lieu où se scellent les grandes alliances économiques, où l’on parle climat, technologies disruptives, gouvernance mondiale, mais aussi où l’opacité des discussions alimente les fantasmes. La publication de son ouvrage "The Great Reset" en 2020, au cœur de la pandémie de Covid-19, a cristallisé les critiques. Perçu par certains comme un plaidoyer pour une refondation responsable du capitalisme, il a également été récupéré par des mouvances conspirationnistes dénonçant un prétendu "nouvel ordre mondial".

Dans une ère marquée par la montée de la désinformation, l’émergence de l’intelligence artificielle comme facteur de transformation économique, et une défiance généralisée envers les élites, le Forum se trouve à la croisée des chemins. Son mantra, "Améliorer l’état du monde", résonne différemment aujourd’hui, dans un climat où la fracture entre décideurs et populations s’accentue.

Klaus Schwab quitte le navire, mais la tempête n’est pas passée. Le WEF, incarnation du dialogue international, devra se réinventer pour ne pas être relégué au rang de vestige d’un monde d’avant. L’enjeu est immense : continuer à jouer un rôle dans les transformations globales — climatiques, numériques, géopolitiques — tout en regagnant une légitimité mise à mal.