Face à une croissance en berne, le gouvernement allemand de Friedrich Merz dégaine une arme de poids : un plan d’allégements fiscaux de 46 milliards d’euros pour stimuler l’investissement, redonner de l’oxygène aux entreprises et réactiver la compétitivité industrielle du pays à l’horizon 2028.
L’Allemagne tourne la page de l’austérité budgétaire et amorce un virage stratégique pour enrayer la stagnation économique qui menace de s’enliser. À l’initiative du chancelier Friedrich Merz, un plan massif d’allégements fiscaux estimé à 46 milliards d’euros sera adopté ce mercredi, dans l’objectif de relancer l’investissement productif et doper la compétitivité des entreprises allemandes, dans un contexte marqué par l’essoufflement du moteur économique de l’Europe.
À l’heure où la première économie du continent risque de connaître une troisième année consécutive de croissance molle, ce plan apparaît comme une réponse directe aux critiques croissantes des milieux d’affaires, exaspérés par un fardeau fiscal jugé dissuasif et des incertitudes réglementaires devenues chroniques. En soutenant l’investissement dans les actifs mobiliers – avec des réductions fiscales pouvant atteindre 30 % sur la période juin 2024 à janvier 2028 – et en facilitant l’acquisition de véhicules électriques pour les flottes d’entreprises, Berlin envoie un signal clair : il est temps de reconstruire un cadre fiscal incitatif à l’innovation, à la transition verte et à la relocalisation industrielle.
La logique est limpide : redonner du souffle aux entreprises, c’est redynamiser l’emploi, soutenir la consommation intérieure et reconquérir des parts de marché à l’export. Et ce, sans rompre avec la discipline budgétaire chère aux institutions allemandes. Selon le ministère des Finances, la perte de recettes fiscales restera maîtrisée, s’échelonnant de 2,5 milliards d’euros dès 2024 à 12 milliards d’euros en 2028. Une injection ciblée et progressive dans un système qui peine à se moderniser face à la pression concurrentielle des États-Unis et de la Chine.
Les organisations industrielles saluent majoritairement cette initiative, y voyant enfin une prise de conscience politique de l’urgence économique. Dans un pays où la transition énergétique, la digitalisation et la réindustrialisation verte représentent des chantiers de premier plan, ce plan fiscal pourrait servir de catalyseur à un nouveau cycle de croissance vertueuse.
Mais tout le monde n’est pas convaincu. Plusieurs analystes et fédérations patronales jugent le plan encore timoré au regard de l’ampleur des défis à relever : ralentissement des exportations, inflation persistante, pénurie de main-d’œuvre qualifiée et ralentissement de la productivité. Ils appellent à aller plus loin, en agissant aussi sur la simplification administrative, la fiscalité sur les PME et l’allègement des charges sur l’innovation.
En misant sur la stimulation ciblée plutôt que le choc budgétaire, le gouvernement Merz tente un subtil exercice d’équilibriste : relancer sans creuser les déficits, moderniser sans désorganiser, attirer les capitaux sans affaiblir les recettes publiques à long terme. C’est un pari ambitieux, mais nécessaire, si l’Allemagne veut conserver son rang de puissance industrielle européenne et ne pas se laisser distancer par les dynamiques de croissance qui émergent ailleurs.
Dans un monde où la fiscalité devient un levier stratégique de souveraineté économique, le choix allemand pourrait bien inspirer d’autres capitales européennes. Berlin relance sa machine, non pas par la dépense publique directe, mais par l’oxygénation du secteur privé. Reste à savoir si cette bouffée d’air suffira à redresser la trajectoire d’une économie dont la solidité n’est plus aussi évidente qu’auparavant.








































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