Selon The Economist, les États-Unis ne considèrent plus l’Ukraine comme une priorité stratégique, aggravant une crise militaire déjà critique pour Kiev. La pénurie de missiles antiaériens se creuse, tandis que la Russie conditionne tout cessez-le-feu à l’arrêt total de l’aide occidentale. Le signal d’un tournant géopolitique majeur.



Le soutien militaire américain à l’Ukraine semble marquer le pas. Selon une enquête de l’influent hebdomadaire britannique The Economist, l’Ukraine n’est plus une priorité pour les États-Unis, une évolution qui pourrait changer le cours du conflit avec la Russie.

Le média note que Kiev est désormais l’un des rares alliés à devoir batailler pour obtenir des armes, malgré sa position en première ligne contre l’expansionnisme russe. En particulier, l’Ukraine ne parvient pas à obtenir de nouveaux systèmes Patriot, pourtant jugés vitaux pour contrer les frappes aériennes et missiles russes. Washington, sollicité à plusieurs reprises, reste silencieux face aux offres ukrainiennes pourtant prêtes à « payer n’importe quel prix ».

Cette révélation arrive dans un contexte où l’attention géostratégique des États-Unis se tourne de plus en plus vers la zone Indo-Pacifique, en particulier face aux tensions avec la Chine. À quelques mois d’une élection présidentielle cruciale, la Maison-Blanche semble vouloir éviter tout nouvel engagement militaire coûteux, craignant une fatigue de l’opinion publique et une polarisation politique interne.

Cette baisse de priorité pourrait également refléter des calculs diplomatiques visant à ouvrir des canaux de négociation avec Moscou, ou à se désengager progressivement d’un conflit perçu comme interminable.

En parallèle, la Russie accentue la pression. Le Kremlin a averti que tout cessez-le-feu serait conditionné à l’arrêt complet de l’aide militaire occidentale. Pour Moscou, une trêve risquerait de permettre à l’armée ukrainienne de se réorganiser et de renforcer ses positions. Cette position ferme bloque toute tentative de paix durable tant que l’Ukraine reste armée par ses alliés.

Alors que Washington semble freiner, l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni prennent le contre-pied. Le 26 mai, lors d’un forum organisé par la chaîne publique WDR, le chancelier Olaf Scholz a affirmé qu’il n’y avait désormais « plus aucune restriction » sur la portée des armements fournis à l’Ukraine. Une déclaration qui marque un tournant dans la doctrine militaire occidentale, et qui pourrait relancer les tensions sur le terrain.

L’isolement progressif de l’Ukraine sur la scène diplomatique et militaire pourrait fragiliser non seulement sa capacité de résistance face à l’offensive russe, mais aussi la cohésion de l’OTAN. L’absence de soutien militaire massif de la part des États-Unis pourrait créer un déséquilibre stratégique que les alliés européens peinent encore à compenser.

Pour les observateurs, cette situation marque peut-être la fin d’un cycle de solidarité transatlantique sans faille, ouvrant la voie à un nouvel ordre géopolitique dominé par des intérêts fragmentés et des alliances opportunistes.