L’Agence américaine pour le développement international (USAID) a distribué des milliards de dollars en 2023 à travers le monde, confirmant son rôle central dans la diplomatie économique des États-Unis. Derrière ces chiffres se cachent des stratégies d’influence et des priorités géopolitiques majeures.



L’Ukraine arrive en tête avec 16,02 milliards de dollars, un montant sans précédent justifié par la guerre en cours et la nécessité de stabiliser le pays face à l’agression russe. Cet investissement massif vise à renforcer l’alliance américano-ukrainienne et à assurer la reconstruction du pays tout en maintenant son économie à flot.

Loin derrière mais toujours en tête des bénéficiaires, l’Éthiopie (1,68 milliard de dollars) et la Somalie (1,05 milliard de dollars) reçoivent une aide importante en raison des conflits internes, de l’instabilité politique et des crises alimentaires. Ces financements traduisent aussi une volonté des États-Unis de maintenir une influence dans la Corne de l’Afrique, une région stratégique face à l’expansion chinoise et aux défis sécuritaires.

Au Moyen-Orient, la Jordanie (1,2 milliard de dollars) et la Syrie (895 millions de dollars) bénéficient d’un soutien significatif. Pour la Jordanie, allié clé des États-Unis, cette aide vise à stabiliser l’économie et gérer l’afflux de réfugiés syriens. En Syrie, malgré la guerre civile persistante, l’USAID tente de maintenir une présence pour répondre aux crises humanitaires et limiter l’influence russe et iranienne.

L’Afghanistan (1,09 milliard de dollars) reste un enjeu majeur pour Washington. Malgré le retrait des troupes américaines, l’USAID continue de financer des programmes de reconstruction et d’aide humanitaire, cherchant à limiter l’effondrement du pays sous le régime taliban.

En Afrique, la République Démocratique du Congo (936 millions de dollars), le Nigeria (824 millions de dollars) et le Soudan du Sud (740 millions de dollars) font partie des plus grands bénéficiaires en raison de conflits persistants, de crises humanitaires et de la nécessité de stabiliser des régions stratégiques riches en ressources naturelles.

Enfin, le Yémen (812 millions de dollars), en guerre depuis 2015, reçoit une aide conséquente pour pallier une crise humanitaire sans précédent, dans un contexte où l’Iran et l’Arabie Saoudite s’affrontent indirectement.

Ces chiffres révèlent que l’aide de l’USAID ne répond pas uniquement à des besoins humanitaires, mais s’inscrit dans une stratégie d’influence globale. Elle permet aux États-Unis de renforcer leur présence dans des zones clés, de contrer la montée en puissance de la Chine et de la Russie, et de stabiliser des pays en crise afin d’éviter une propagation des conflits.

Toutefois, cette aide pose une question essentielle : favorise-t-elle réellement l’autonomie des pays bénéficiaires, ou maintient-elle une dépendance structurelle vis-à-vis de Washington ? Pour que ces milliards investis aient un réel impact durable, l’USAID devra accompagner ces financements d’une stratégie de développement économique et d’investissement à long terme, afin de transformer cette assistance en un levier de croissance pour ces nations.