Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, affirme que l’Allemagne est désormais un acteur direct du conflit ukrainien. Une déclaration explosive qui intervient alors que Berlin assume son ambition militaire en Europe et autorise l’usage d’armes à longue portée par Kiev.



La guerre en Ukraine prend une nouvelle dimension. Sergueï Lavrov, ministre russe des Affaires étrangères, a dénoncé ce mercredi l'implication directe de l'Allemagne dans le conflit ukrainien, estimant que Berlin a franchi une ligne rouge stratégique. Une accusation qui pourrait annoncer une escalade militaire et diplomatique de grande ampleur entre la Russie et l’Occident.

Au cœur de la controverse : la volonté exprimée par le chancelier Friedrich Merz de faire de l’Allemagne « la première puissance militaire conventionnelle d’Europe », ainsi que la levée supposée des restrictions sur l’usage des missiles à longue portée fournis à l’Ukraine, désormais autorisés à frapper des cibles sur le territoire russe.

> « Beaucoup ont immédiatement pensé aux périodes du siècle dernier où l’Allemagne est devenue à deux reprises la première puissance militaire, et aux malheurs que cela a entraînés », a déclaré Lavrov, faisant référence aux deux guerres mondiales.

Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022, l’Allemagne a opéré un véritable basculement stratégique, rompant avec des décennies de prudence militaire. Le gouvernement allemand a annoncé une hausse historique de son budget de défense, et a décidé de fournir à Kiev des armements lourds, des chars Leopard 2, des systèmes Patriot, et désormais des missiles longue portée sans limitation géographique.

Friedrich Merz, successeur d’Olaf Scholz, affiche une ligne plus dure vis-à-vis de Moscou, appelant à renforcer l’autonomie stratégique de l’Europe face à l’incertitude liée à l’engagement américain, notamment en cas de retour de Donald Trump à la Maison Blanche.

Selon Moscou, l’ancien gouvernement allemand aurait déjà, "en secret", autorisé l’usage d’armes offensives contre le territoire russe, et l’Europe ferait preuve de « manque de coordination diplomatique » dans sa gestion de la crise.

La réaction russe s’inscrit dans une série de tensions croissantes. Dmitri Medvedev a récemment menacé Berlin de représailles directes si des soldats ou des experts allemands participaient aux opérations militaires contre la Russie. Lavrov, de son côté, évoque un risque de basculement du conflit vers une guerre continentale, où les grandes puissances militaires européennes pourraient être considérées comme "co-belligérantes".

Cette crise intervient alors que l’Union européenne redéfinit son positionnement sécuritaire, poussée par l’agressivité russe, la fragmentation diplomatique et la nécessité de protéger ses intérêts à l’Est. Si certains États, comme la France ou le Royaume-Uni, soutiennent activement la ligne allemande, d’autres voix appellent à la prudence et au retour à la table des négociations.

Lavrov, dans son discours, n’a pas exclu des réponses militaires ciblées si des infrastructures russes venaient à être touchées par des armes européennes. Le Kremlin insiste sur la nécessité d’un nouvel équilibre stratégique, exigeant que les pays occidentaux cessent d’armer Kiev sans conditions.