Sous la pression des divergences monétaires et d’une économie en perte de vitesse, le yuan chinois chute à des niveaux historiques face au dollar américain, exacerbant les défis économiques de Pékin.



Le yuan chinois (CNY), pilier de la deuxième économie mondiale, traverse une période tumultueuse. En ce début d'année 2025, la devise a atteint un creux historique face au dollar américain, une situation inédite en deux ans. Si les fluctuations monétaires reflètent souvent des forces économiques sous-jacentes, le cas du yuan met en lumière une combinaison complexe de facteurs internes et externes.

La divergence des politiques monétaires est l’un des principaux moteurs de cette chute. Alors que la Réserve fédérale américaine (Fed) maintient des taux d’intérêt élevés pour contrer l’inflation, la Banque populaire de Chine (PBOC) poursuit une politique d’assouplissement monétaire. En abaissant ses taux pour soutenir une économie vacillante, la PBOC amplifie le différentiel de rendement entre les deux devises, ce qui incite les capitaux à fuir la Chine pour des placements plus attractifs aux États-Unis.

À cela s’ajoutent les faiblesses économiques persistantes de la Chine. La croissance reste anémique, freinée par un secteur immobilier toujours en crise et des pressions déflationnistes dans plusieurs secteurs clés. Ces incertitudes économiques affaiblissent la confiance des investisseurs, accentuant les sorties de capitaux. Les obligations chinoises, désormais moins compétitives que leurs homologues américaines, subissent également une décote marquée, amplifiant les pressions sur la devise.

Les répercussions sont multiples : les indices boursiers chinois, à l’image du CSI 300, enregistrent des baisses notables, tandis que les entreprises augmentent leurs dividendes pour attirer des capitaux étrangers. Ces mesures, bien que nécessaires, risquent de peser davantage sur le yuan à court terme.

Face à cette dégringolade, la PBOC multiplie les interventions pour stabiliser la monnaie, notamment via ses réserves de change et des mesures techniques visant à augmenter les coûts des transactions en devises étrangères. Cependant, ces efforts peinent à inverser la tendance dans un contexte de tensions économiques et géopolitiques croissantes.

La baisse du yuan reflète un déséquilibre structurel plus large au sein de l’économie chinoise. Si une devise plus faible pourrait à court terme stimuler les exportations, elle alourdit également le coût des importations, notamment pour l’énergie, et amplifie les défis liés aux sorties de capitaux.

La Chine se trouve ainsi à un carrefour économique. Restaurer la confiance des investisseurs, renforcer la demande intérieure et diversifier les sources de croissance sont des priorités impératives pour stabiliser non seulement sa devise, mais aussi son économie. Le yuan, jadis perçu comme un symbole de puissance, devient aujourd’hui le miroir des défis croissants auxquels fait face Pékin.