Face aux sanctions tarifaires imposées par l’administration Trump, le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva riposte avec une fermeté inédite. Cette confrontation révèle une mutation profonde des rapports de force dans le commerce mondial et marque l’émergence d’un Sud global plus affirmé.
Le 7 juillet 2025, à l’occasion du 17e sommet des BRICS à Rio de Janeiro, le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva a répondu sans ambages à la décision choc de Washington : l’imposition d’un tarif douanier de 50 % sur les exportations brésiliennes vers les États-Unis, à compter du 1er août. Dans une déclaration officielle relayée sur le réseau X, Lula a dénoncé une attaque frontale contre la souveraineté économique du Brésil et promis des contre-mesures immédiates. Le 9 juillet, le gouvernement brésilien a confirmé son intention d’activer la loi sur les mesures économiques de réciprocité, adoptée en avril dernier, qui permet de suspendre des accords commerciaux, des engagements sur la propriété intellectuelle et certains investissements étrangers.
Le président américain Donald Trump, dans une lettre publiée sur Truth Social, a justifié ces sanctions par une prétendue « chasse aux sorcières » contre l’ancien président brésilien Jair Bolsonaro, actuellement visé par des poursuites judiciaires pour tentative de coup d’État en 2022. Accusant Lula de bafouer la liberté d’expression et de porter atteinte aux intérêts des entreprises technologiques américaines, Trump a brandi l’arme commerciale comme outil de représailles politiques. Cette justification, jugée fallacieuse par le gouvernement brésilien, n’a fait qu’attiser les tensions. Lula a rappelé que la justice brésilienne est indépendante et que nul ne peut se mêler de ses affaires internes.
Le Brésil, traditionnellement modéré dans ses différends commerciaux, choisit aujourd’hui la voie de la fermeté. Lula n’entend pas laisser impunie une attaque tarifaire qui, selon lui, « met en péril la stabilité des échanges et la dignité des nations émergentes ». Le gouvernement a convoqué une réunion d’urgence à Brasilia avec les ministres de l’économie, du commerce extérieur et des affaires étrangères. Des représailles sont en préparation, ciblant des secteurs sensibles pour les États-Unis : aéronautique, énergie, agriculture et services numériques. Des groupes tels qu’Embraer, Petrobras ou Vale, déjà fragilisés en Bourse, pourraient devenir les symboles d’une résilience économique face à l’intimidation.
Ce bras de fer ne se limite pas à une querelle bilatérale. Il cristallise une fracture bien plus large entre le Nord et le Sud global, entre un monde ancien fondé sur l’hégémonie économique américaine et un monde en transition, où les pays émergents affirment leur droit à l’autonomie stratégique. Lula s’inscrit dans cette dynamique, aux côtés de la Chine, de l’Inde et de l’Afrique du Sud. Le Brésil ne veut plus être un simple exportateur de matières premières dépendant des humeurs de Washington. Il revendique sa place dans une gouvernance mondiale plus équitable.
L’enjeu est aussi économique que symbolique. En 2024, les échanges commerciaux entre le Brésil et les États-Unis ont dépassé les 90 milliards de dollars, avec un excédent de 6,8 milliards en faveur de Washington. Sur les quinze dernières années, cet excédent cumulé atteint les 410 milliards selon les chiffres officiels américains. Lula n’hésite pas à qualifier la rhétorique trumpienne de mensongère, soulignant que les données parlent d’elles-mêmes. Le protectionnisme américain, déguisé en défense des valeurs, sert en réalité des intérêts politiques à court terme.
Dans ce contexte électrique, les investisseurs internationaux observent avec inquiétude l’évolution du conflit. Les marchés financiers, déjà secoués par l’incertitude post-électorale aux États-Unis, voient dans cette crise un nouveau facteur de volatilité. Les entreprises ayant des intérêts croisés dans les deux pays devront redoubler de prudence, tant les règles du jeu deviennent instables.
À travers cette réaction ferme, Lula envoie un message clair : le temps des concessions unilatérales est révolu. Le Brésil ne sera pas un pion sur l’échiquier géopolitique des grandes puissances. Il entend défendre son industrie, ses valeurs démocratiques et sa souveraineté contre toute tentative d’intimidation économique. Cette crise, loin d’être anecdotique, marque une étape décisive dans la réorganisation des rapports de force internationaux. L’ère du commerce dominé par la menace touche à sa fin. Place à celle du respect mutuel et de la réciprocité.








































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