Alors que le Mexique bétonne un canal d’égout reliant Tijuana à la frontière américaine, des millions de gallons d’eaux usées non traitées continuent de se déverser en Californie, déclenchant une crise sanitaire et environnementale dans la région de San Diego.



San Diego, Californie – La situation environnementale à la frontière entre le Mexique et les États-Unis prend une tournure alarmante. Le gouvernement mexicain est en train de finaliser la construction d’un canal d’égout bétonné à Tijuana, destiné à évacuer ses eaux usées vers les États-Unis, précisément dans la région de San Diego. Ce projet de canalisation, longeant les ravins naturels, pourrait acheminer des millions de gallons de déchets domestiques et industriels non traités vers la Californie, provoquant la colère des résidents et des responsables américains.

"Vous verrez qu’ils bétonnent le fond du canal qui apporte les eaux usées aux États-Unis," a déclaré un responsable américain préoccupé. "Cela permettra littéralement à toutes les eaux usées du Mexique d’arriver en territoire américain."

Ce problème n’est pas nouveau. En 2023, plus de 30 milliards de gallons d’eaux usées non traitées ont traversé la frontière via le fleuve Tijuana, selon la Commission internationale des frontières et de l’eau (IBWC). Cette pollution chronique a entraîné 700 jours de fermeture de plages à Imperial Beach entre 2021 et 2024, en raison des risques de contamination à l’E. coli et d’autres pathogènes.

Le 7 avril 2025, le Mexique a déversé 400 millions de gallons supplémentaires d’eaux usées dans le fleuve Tijuana, laissant ce flux pollué se diriger vers les côtes californiennes. Malgré les promesses de rediriger les eaux usées vers leurs propres stations d’épuration, les autorités mexicaines ont ensuite relâché 5 millions de gallons supplémentaires de matières brutes et de produits chimiques dans la région frontalière.

Le manque d’infrastructure adéquate à Tijuana explique en grande partie la catastrophe. En saison des pluies, le système d’assainissement est rapidement saturé, provoquant des débordements qui traversent la frontière. Le fleuve Tijuana, qui se jette dans l’océan Pacifique à Imperial Beach, devient alors un conduit pour les déchets, l’eau contaminée, les produits chimiques et les résidus industriels.

La situation est telle que le Tijuana River Valley a été plusieurs fois déclaré zone d’urgence sanitaire, forçant les autorités de San Diego à investir des millions de dollars dans la surveillance de la qualité de l’air et les opérations de nettoyage.

Jim Desmond, superviseur du comté de San Diego, a vivement critiqué les actions du gouvernement mexicain, estimant que ce dernier n’a pas respecté ses engagements de traitement local des eaux usées. Cette tension soulève des questions sur les responsabilités partagées et les mécanismes de coopération environnementale entre les deux pays.

Alors que la pollution transfrontalière devient un enjeu majeur de santé publique et de souveraineté environnementale, les appels se multiplient pour une intervention fédérale américaine et une révision des accords de gestion de l’eau à la frontière.