Alors que les violences armées plongent Haïti dans le chaos, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) alerte sur l'aggravation des déplacements forcés et l’impossibilité d’acheminer l’aide aux populations. Plus de 500 000 personnes vivent désormais dans des sites de fortune, en grande majorité à Port-au-Prince.
Haïti sombre chaque jour un peu plus dans une crise sécuritaire et humanitaire d’une ampleur sans précédent, où l’État semble avoir cédé le terrain à des groupes criminels armés qui dictent désormais leur loi sur une large partie du territoire national. Les dernières données partagées par l’Organisation des Nations unies, via son Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA), brossent un tableau glaçant : plus de 500 000 Haïtiens, hommes, femmes et enfants, vivent dans des sites de déplacement spontanés à travers le pays, principalement concentrés dans la capitale Port-au-Prince.
Ce chiffre, déjà alarmant, a presque doublé en l’espace d’un mois, conséquence directe des affrontements armés et des attaques ciblées de gangs dans plusieurs zones du pays, notamment dans le département du Centre. Rien que dans la commune de Kenscoff, près de 1 000 personnes ont fui leur domicile la semaine dernière, certaines se réfugiant chez des proches, d’autres échouant dans des campements précaires, privés d’accès aux services de base.
Le plus troublant, c’est que ces déplacements massifs ne sont pas dus à des catastrophes naturelles — comme cela a souvent été le cas dans l’histoire récente d’Haïti — mais à une violence humaine, organisée, et systémique, alimentée par l’impunité, la corruption et l’absence d’un État fonctionnel. Les gangs armés ne se contentent plus de contrôler des quartiers ; ils attaquent les forces de l’ordre, incendient des véhicules de police et prennent pour cible les ONG et les convois humanitaires.
Entre le 21 mars et le 25 avril, au moins 15 incidents ont été recensés contre des organisations humanitaires : camions bloqués, fournitures médicales incendiées, échanges de tirs, et attaques directes contre des véhicules pourtant clairement identifiés comme appartenant à des ONG. Dans ce climat d’extrême insécurité, les corridors humanitaires sont impraticables et l’acheminement de vivres, d’eau potable et de soins de santé devient une mission périlleuse. L'accès aux routes critiques est désormais si limité que le transport aérien — coûteux et logiquement restreint — est devenu une solution de dernier recours.
Le porte-parole du secrétaire général de l’ONU, Stéphane Dujarric, l’a reconnu sans détour : "L'insécurité persistante continue d'avoir un impact majeur sur les opérations humanitaires." Cela revient à dire que non seulement les Haïtiens sont victimes des violences, mais ils sont aussi privés du peu d’assistance qui pourrait leur être apportée.
Dans ce contexte, la responsabilité de la Communauté internationale — et particulièrement de la CARICOM — est plus que jamais engagée. Les déclarations d’intention ne suffisent plus. Il est impératif de renforcer les mécanismes de sécurité, de débloquer en urgence les financements humanitaires et d’assurer la protection des personnels et des convois d’aide.
Plus largement, Haïti ne pourra pas survivre à cette spirale de violence sans un véritable plan de stabilisation qui repose sur la justice, la reconstruction de l’appareil étatique, la lutte contre la corruption, et un investissement massif dans l’éducation, la santé et l’économie locale. L’emprise des gangs est le symptôme d’un effondrement systémique.
À l’heure où des centaines de milliers de vies sont suspendues au bon vouloir de milices armées, où des familles entières dorment à même le sol dans des écoles désaffectées, et où l’aide peine à arriver, le silence et l’inaction seraient non seulement coupables, mais complices.








































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