Alors que l’est de la République démocratique du Congo (RDC) s’embrase sous l’offensive du M23, soutenu par le Rwanda, l’ONU et la communauté internationale s’alarment du risque d’une guerre régionale. Mais derrière les discours diplomatiques, une réalité brutale s’impose : l’Afrique des Grands Lacs est à la croisée des chemins, entre ingérence étrangère, exploitation des ressources et inaction des institutions.
L’est de la République démocratique du Congo est à nouveau le théâtre d’un conflit sanglant qui menace de plonger la région dans le chaos. Après la prise de Goma, capitale du Nord-Kivu, le groupe armé M23, largement considéré comme soutenu par le Rwanda, continue sa progression et s’est emparé de Bukavu, au Sud-Kivu. Face à cette escalade, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a lancé un appel pressant au respect de « l’intégrité territoriale » de la RDC et à l’évitement d’une guerre régionale. Mais au-delà des déclarations officielles, une question demeure : la communauté internationale va-t-elle enfin agir, ou assisterons-nous à une répétition tragique de l’histoire congolaise ?
La situation actuelle illustre une faillite diplomatique évidente. D’un côté, l’Union africaine (UA) se montre timide face à l’expansion du M23, et de l’autre, les grandes puissances occidentales, bien que promptes à dénoncer, hésitent à prendre des mesures fermes contre le Rwanda, acteur clé du conflit. Félix Tshisekedi, le président congolais, a appelé à mettre Kigali « sur liste noire » et dénonce les « ambitions expansionnistes » de Paul Kagame, tandis que l’Union européenne évoque des sanctions potentielles. Mais ces menaces suffiront-elles à stopper la machine de guerre qui se met en place ?
La montée en puissance du M23 ne peut être comprise sans prendre en compte la dimension économique de ce conflit. L’est de la RDC regorge de ressources précieuses – coltan, or, diamants – qui attisent les convoitises et nourrissent un système mafieux où s’entremêlent groupes armés, États voisins et multinationales. Depuis des décennies, le pillage des richesses congolaises s’effectue sous couvert d’instabilité, alimentant un cercle vicieux où la guerre devient un modèle économique. Le Rwanda, bien que niant tout soutien au M23, est régulièrement accusé de profiter de cette manne minière en exploitant illégalement les ressources des provinces orientales congolaises.
Dans ce contexte explosif, la diplomatie semble une fois de plus dépassée par la réalité du terrain. Les appels au cessez-le-feu du 8 février n’ont pas empêché la reprise des combats, et la réunion du Conseil de paix et de sécurité de l’UA s’est déroulée en l’absence des principaux protagonistes, Kagame et Tshisekedi. Pendant ce temps, les populations de Bukavu, prises au piège des affrontements, se terrent chez elles, craignant pillages et violences.
La RDC, bien que géant démographique et géologique, peine à affirmer son autorité face à des ennemis mieux organisés et dotés d’alliances solides. L’appui du Burundi, qui a envoyé des milliers de soldats en renfort, ne suffira pas à inverser la tendance sans une mobilisation internationale conséquente. Mais les précédents conflits congolais ont montré que la communauté internationale préfère souvent fermer les yeux sur les tragédies de l’Afrique des Grands Lacs, se contentant de déclarations indignées sans réel passage à l’action.
Alors que les rues de Bukavu résonnent encore des derniers tirs, une évidence s’impose : sans une action immédiate et concertée, la RDC risque de basculer dans une guerre ouverte qui embraserait toute la région. Plus que jamais, il est temps pour l’Union africaine, l’ONU et les puissances occidentales de dépasser l’indignation et d’engager des mesures concrètes. Car à force d’ignorer l’incendie congolais, c’est toute la stabilité de l’Afrique centrale qui pourrait partir en fumée.
Source : AFP








































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