Réunis en Guyane, les ministres du Commerce et de l’Économie des 15 pays membres de la Caricom cherchent des solutions concrètes pour répondre aux pressions tarifaires croissantes, aux tensions géopolitiques, et aux défis internes du commerce intrarégional. Entre diversification, coopération institutionnelle et relance industrielle, l’avenir économique des Caraïbes se joue maintenant.



Dans un climat géoéconomique secoué par les politiques protectionnistes et les ruptures d’alliances traditionnelles, la Communauté des Caraïbes (Caricom) tente de redéfinir son cap. Réunis cette semaine en Guyane, les ministres du Commerce et du Développement économique ont ouvert la 60e réunion du Conseil du commerce et du développement économique (COTED) avec un mot d’ordre : agir vite, ensemble et durablement.

La secrétaire générale de la Caricom, Dr Carla Barnett, a dressé un constat lucide : les récents chocs tarifaires — notamment les mesures punitives de l’administration Trump — ont mis à nu la fragilité des chaînes économiques des Caraïbes. Avec un tarif allant jusqu’à 38 % imposé à certains pays de la région comme la Guyane, les équilibres commerciaux sont profondément bouleversés.

Dans ce contexte, la diversification commerciale n’est plus une option mais une urgence. Barnett exhorte les pays membres à approfondir les marchés existants, explorer de nouveaux partenariats et surtout à faire de l’intégration régionale une réalité palpable. Le fonds de résilience économique des Caraïbes devra donc s’appuyer autant sur la modernisation des politiques que sur l’innovation entrepreneuriale et l’optimisation des ressources régionales.

Autre point d’inquiétude : l’essoufflement du commerce intrarégional. Le manque de coordination, les barrières non tarifaires et les obstacles logistiques freinent encore l’émergence d’un véritable marché commun caribéen. La secrétaire générale appelle à un effort collectif pour harmoniser les règles d’origine, finaliser le Tarif extérieur commun révisé, et surtout mettre en œuvre la politique industrielle régionale en gestation. Cette dernière pourrait devenir un levier puissant pour renforcer la compétitivité de la production locale face aux turbulences extérieures.

La Caricom, selon Barnett, doit aussi mieux utiliser ses institutions. La collaboration avec la Banque de développement des Caraïbes (CDB) ou encore l’Organisation du secteur privé de la Caricom (CPSO) doit aller au-delà de la simple concertation pour devenir un outil opérationnel. Les analyses conjointes sur l’impact des politiques comme "America First" montrent que seule une réponse collective permettra à la région de défendre efficacement ses intérêts stratégiques, en particulier dans les domaines maritimes et logistiques.

Ce COTED s’inscrit donc comme une étape clé vers la redéfinition du rôle de la Caricom dans l’économie mondiale. Si les tensions tarifaires actuelles illustrent une reconfiguration des rapports Nord-Sud, elles offrent aussi une fenêtre d’opportunité. En s’appuyant sur une approche intégrée, pragmatique et structurée, la communauté caribéenne peut transformer la crise en levier de transformation. Le défi est de taille, mais les outils sont à portée de main. Reste à mobiliser la volonté politique et la coordination régionale pour qu’au cœur des turbulences, la Caricom devienne enfin une force économique cohérente et influente.