Le Premier ministre sénégalais veut la réouverture du procès pour diffamation qui l’opposait à l’ex-ministre du Tourisme de Macky Sall, brandissant de nouveaux éléments qu’il qualifie de « décisifs ». Un nouvel acte dans une affaire à forte portée politique.



Le feuilleton judiciaire opposant Ousmane Sonko, actuel Premier ministre du Sénégal, à Mame Mbaye Niang, ex-ministre du Tourisme sous Macky Sall, connaît un nouveau rebondissement. Ce mercredi, Sonko a ordonné à ses avocats de saisir officiellement le ministère de la Justice pour présenter de nouveaux éléments de preuve en vue d’une réouverture du procès qui l’avait vu condamné pour diffamation en mars 2023.

Cette annonce intervient au lendemain du rejet par la Cour suprême de la requête en rabat d'arrêt de ses avocats, confirmant ainsi une condamnation à six mois de prison avec sursis et 200 millions FCFA de dommages et intérêts, prononcée par la Cour d’appel de Dakar en janvier 2024. La justice avait même assorti cette peine d'une contrainte par corps, une disposition juridique qui permet l’emprisonnement en cas de non-paiement.

À l’origine de cette affaire judiciaire explosive, des accusations de détournement de fonds portées par Sonko contre Niang. Il l’accusait d’avoir détourné près de 29 milliards FCFA dans le cadre du Programme des Domaines Agricoles Communautaires (PRODAC). Une charge grave que l’ancien ministre n’avait pas laissé passer, traduisant l’opposant en justice pour diffamation.

Mais aujourd’hui, c’est dans la peau de chef du gouvernement que Sonko revient à la charge. Il affirme que ce dossier, qu’il qualifie encore de procès politique, était une manœuvre de l’ancien régime de Macky Sall pour l’écarter de la présidentielle. « Nous disposons désormais d’éléments nouveaux qui changent fondamentalement la lecture du dossier », affirme un proche conseiller du Premier ministre. Ces éléments, dont la nature reste confidentielle pour l’instant, pourraient relancer un dossier judiciaire explosif, à l’heure où le Sénégal tente de tourner la page des tensions électorales.

L’affaire Sonko-Niang symbolise à elle seule les fractures encore vives entre l’ancien pouvoir et les nouvelles autorités issues de l’alternance de mars 2024. Alors que le président Bassirou Diomaye Faye prône une refondation des institutions et une justice plus équitable, ce rebondissement pourrait raviver les défis liés à l’indépendance du pouvoir judiciaire dans un pays encore marqué par des années de dérives politico-judiciaires.

Du côté de Mame Mbaye Niang, l'ancien ministre reste discret, préférant laisser ses avocats gérer le volet médiatique. Mais plusieurs observateurs estiment que l’homme, encore influent dans les milieux politiques de l'ancien régime, pourrait user de ses réseaux pour contrer toute tentative de révision.

Cette demande de réouverture du procès s’inscrit aussi dans une volonté de réhabiliter l’image du Premier ministre, longtemps salie par les condamnations judiciaires qui avaient alimenté de virulents débats sur sa légitimité électorale et sa participation à la vie publique.

Entre enjeux politiques, quête de vérité et stratégie de reconquête judiciaire, l’affaire Sonko-Niang continue d’alimenter les passions au Sénégal. Le pays reste suspendu à une éventuelle décision du ministère de la Justice, qui devra trancher entre l’État de droit et les pressions du passé.