Face à la montée vertigineuse des droits de douane — jusqu’à 50 % pour certains pays — et à la menace d’une récession, Jerome Powell reste inflexible : la Réserve fédérale ne prévoit que deux baisses de taux d’ici 2026, malgré une pression économique et politique intense.



L’Amérique vient de franchir un nouveau cap dans sa guerre commerciale mondiale. Baptisé par l’administration Trump le "Jour de la Libération", le virage protectionniste entamé par Washington se traduit désormais par une flambée des droits de douane, atteignant en moyenne 23 % et jusqu’à 50 % pour certains partenaires commerciaux stratégiques comme la Chine, le Vietnam ou la Thaïlande.

Dans un contexte économique déjà fébrile, cette décision provoque une onde de choc globale. Les premiers à tirer la sonnette d’alarme sont les économistes. Jonathan Millar, chez Barclays, évoque "un choc stagflationniste inédit" : une combinaison toxique de récession, d’inflation persistante et de hausse du chômage, amplifiée par la fragmentation des chaînes de valeur mondiales.

Selon les projections de Barclays :
Une récession aux États-Unis est probable dès le second semestre 2025 ; Le taux de chômage pourrait grimper à 4,7 % début 2026 ; L'inflation PCE de base (hors alimentation et énergie) resterait élevée à 3,7 % fin 2025.

Pourtant, dans ce climat d'incertitude, la Réserve fédérale américaine, dirigée par Jerome Powell, adopte une position de fermeté. Lors de sa dernière intervention, Powell a confirmé que la Fed n’envisageait que deux baisses de taux d’intérêt de 25 points de base chacune d’ici 2026, malgré les appels insistants de la Maison Blanche à assouplir plus rapidement la politique monétaire.

Cette posture prudente vise à contenir une inflation structurellement élevée, mais elle accentue les risques de ralentissement brutal de l’économie américaine, notamment dans les secteurs sensibles à la hausse des prix de l’importation.

Sur les marchés financiers, la tension est palpable. Les Bourses asiatiques, très exposées aux nouvelles surtaxes américaines, enregistrent des pertes notables. Les investisseurs, quant à eux, révisent à la baisse leurs anticipations de croissance mondiale, redoutant un effet domino sur la consommation, l’investissement privé et la stabilité monétaire globale.

En toile de fond, ce bras de fer entre une politique monétaire prudente et une politique commerciale offensive pourrait bien redéfinir les équilibres économiques des prochaines années. À l’heure où l’inflation devient structurelle et la croissance volatile, la moindre erreur d’appréciation pourrait précipiter les grandes économies dans une spirale incontrôlable.