Donald Trump annonce un accord inédit avec la Chine sur l’approvisionnement en terres rares, un virage économique et géopolitique majeur à l’heure où les matières critiques redéfinissent les équilibres mondiaux. Cette entente, encore en attente de ratification par Pékin, suscite l’enthousiasme des marchés mais interroge sur sa durabilité.



Le président américain Donald Trump a surpris les observateurs en annonçant, depuis Londres, la conclusion d’un accord stratégique avec la Chine sur les terres rares, ces matériaux au cœur des technologies du XXIᵉ siècle. Ce virage diplomatique, qui intervient dans un climat de tensions commerciales prolongées, pourrait rebattre les cartes de la guerre économique sino-américaine.

Selon les termes révélés, la Chine s’engage à garantir aux États-Unis un approvisionnement sécurisé en terres rares et composants stratégiques, indispensables aux industries de pointe : batteries électriques, éoliennes, semi-conducteurs et armements de haute technologie. En contrepartie, Washington promet un assouplissement partiel des restrictions sur les étudiants chinois et sur certaines filières d’échange.

Mais l’asymétrie persiste. Les droits de douane sur les produits chinois restent massifs, à hauteur de 55 % cumulés, contre 10 % pour les exportations américaines. Pour Trump, c’est une preuve que « la fermeté paie », tandis qu’il décrit la relation bilatérale comme « excellente », insistant sur le caractère gagnant de cet accord pour les États-Unis.

L’enjeu est stratégique autant qu’économique. Les terres rares, bien que peu connues du grand public, sont devenues les joyaux géopolitiques de la transition numérique et verte. Sans elles, pas de smartphones, pas de missiles intelligents, pas de turbines éoliennes ni de véhicules électriques. Or, la Chine détient plus de 80 % de la production mondiale, ce qui fait de chaque baril de néodyme ou de dysprosium un levier diplomatique puissant.

Cet accord intervient à un moment critique : les exportations chinoises vers les États-Unis ont chuté de 12,7 % en mai, conséquence directe des tensions tarifaires. La trêve douanière signée à Genève un mois plus tôt semble avoir préparé le terrain à cette désescalade. Les marchés mondiaux ont immédiatement réagi : Tokyo a gagné 0,54 %, Séoul 1,23 %, et les indices européens ont également progressé, saluant une pause bienvenue dans l’incertitude commerciale.

Côté chinois, le ton reste mesuré. Le vice-premier ministre He Lifeng évoque une volonté “de réduire les malentendus et de renforcer la coopération”, tout en appelant à un réalignement plus équilibré des chaînes d’approvisionnement globales.

Mais cette embellie est-elle durable ? L’accord pourrait n’être qu’un sursis, dans une guerre structurelle fondée sur la rivalité technologique et le contrôle des ressources critiques. La dépendance des États-Unis aux importations chinoises demeure, malgré les efforts de relocalisation et de diversification. De même, Pékin n’oubliera pas l’humiliation des sanctions ni le poids idéologique de la doctrine America First.

À court terme, ce pacte offre un répit aux industriels américains et un ballon d’oxygène aux relations bilatérales. À long terme, il met en lumière la nouvelle donne du capitalisme géopolitique, où les minerais remplacent le pétrole et où les terres rares deviennent les pierres d’échiquier d’un affrontement global.