Dans une escalade commerciale inédite, Donald Trump impose 35 % de tarifs douaniers sur le Canada, partenaire historique des États-Unis. Une décision à haute portée symbolique et économique, qui bouleverse l’ordre commercial nord-américain et intensifie une guerre tarifaire aux ramifications globales.



Le 10 juillet 2025 restera une date charnière dans l’histoire des relations économiques nord-américaines. Jeudi soir, Donald Trump a officiellement annoncé l’imposition de 35 % de droits de douane sur l’ensemble des importations canadiennes, déclenchant une onde de choc dans les cercles diplomatiques et commerciaux. Le Canada, longtemps considéré comme un partenaire privilégié sous l’ALENA puis l’USMCA, se retrouve désormais dans la ligne de mire de la politique tarifaire la plus agressive jamais menée par une administration américaine contemporaine.

Dans une lettre transmise à Ottawa, l’administration Trump justifie cette décision par la nécessité de "rétablir un commerce équitable et réciproque", critiquant les "subventions déguisées", les "barrières non tarifaires" canadiennes et une balance commerciale "déséquilibrée". Un discours rodé, calqué sur les précédentes offensives menées contre la Chine, l’Union européenne et d’autres partenaires stratégiques.

Mais cette fois, c’est l’allié historique qui devient cible. Le Canada, deuxième fournisseur d’énergie des États-Unis, grand exportateur de bois d’œuvre, de cuivre, d’aluminium, d’automobiles et de produits agricoles, voit s’abattre sur lui une taxe punitive, sur fond de nationalisme économique triomphant. Les 35 % annoncés dépassent largement les 10 % précédemment appliqués, et s’alignent désormais sur les niveaux imposés à une vingtaine d’autres pays, principalement en Asie, en Afrique et en Europe de l’Est.

Trump, interrogé par NBC, n’a pas mâché ses mots : « Tous les pays restants vont payer, que ce soit 20 % ou 15 %. Nous allons régler cela maintenant. » Une déclaration brutale, mais en phase avec sa stratégie assumée de relocalisation, de reindustrialisation et de pression tarifaire tous azimuts.

Fait surprenant : les marchés boursiers américains ont réagi positivement à cette annonce. Wall Street a terminé en hausse, avec des indices à des niveaux record. Une réaction qui reflète une confiance paradoxale des investisseurs dans la résilience du modèle américain, boosté par un dollar fort, un taux de chômage historiquement bas, et une économie toujours portée par les dépenses publiques massives.

Mais derrière cette euphorie de façade, les risques sont bel et bien là. Les chaînes d’approvisionnement nord-américaines sont profondément interconnectées, notamment dans l’automobile, l’aéronautique et l’agroalimentaire. Une taxation massive du Canada pourrait provoquer des hausses de coûts, des tensions logistiques, et des effets domino sur les prix à la consommation. Sans oublier les potentielles représailles d’Ottawa, qui pourrait cibler des secteurs agricoles ou technologiques américains sensibles.

L’Union européenne, selon les dernières déclarations de Trump, pourrait être la prochaine à subir cette politique tarifaire agressive. L’idée d’une "forteresse économique américaine" se dessine plus clairement que jamais, au détriment d’un multilatéralisme commercial fragilisé. Ce virage unilatéral, bien que populaire auprès d’une base électorale séduite par les promesses de protection économique, menace d’éroder des décennies d’intégration commerciale.

En visant le Canada, Trump rompt symboliquement avec l’ordre économique post-Seconde Guerre mondiale, dans lequel les États-Unis étaient à la fois moteur et garant de l’ouverture des marchés. Il place désormais la puissance économique au service d’une logique transactionnelle, où même les alliés sont traités comme des concurrents à soumettre.