Malgré une loi votée à l’unanimité pour bannir TikTok du marché américain, le président Donald Trump vient une nouvelle fois d’ordonner un report de son application. Les négociations avec ByteDance, les tensions commerciales avec la Chine et les calculs politiques font traîner une décision pourtant qualifiée de cruciale pour la sécurité nationale.



Washington, 18 juin 2025 — Le sort de TikTok aux États-Unis reste suspendu à un fil tendu entre géopolitique, cybersécurité et intérêts commerciaux, alors que le président Donald Trump a signé cette semaine un nouveau décret exécutif repoussant de 90 jours l’entrée en vigueur de la loi bipartisane qui exige la séparation de TikTok d’avec sa maison-mère chinoise ByteDance. Il s’agit du troisième sursis depuis l'investiture de Trump en janvier.

La porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, a affirmé que cette prolongation visait à donner « le temps nécessaire pour finaliser un accord qui garantirait que les données des Américains sont sécurisées ». Pourtant, l’ombre du gouvernement chinois plane toujours sur le processus, ByteDance ayant prévenu que toute transaction devait être validée par Pékin.

Le président Trump, lui, affiche une posture ambiguë. Après avoir tenté d’interdire TikTok lors de son premier mandat, il revendique aujourd’hui : « J’étais numéro 1 sur TikTok dans toute son histoire. Alors, je suppose que j’aime TikTok. » Une déclaration qui résume le paradoxe de la stratégie trumpienne : critiquer l’influence chinoise tout en capitalisant sur sa popularité numérique.

En coulisse, l’accord initial, qui prévoyait de transférer les opérations américaines de TikTok à une entité contrôlée majoritairement par des investisseurs américains, a échoué sous la pression d’un climat tendu sur les droits de douane. ByteDance a suspendu sa participation après les nouvelles sanctions commerciales annoncées par Trump.

Pourtant, le Congrès a bel et bien voté une loi contraignante, confirmée par la Cour suprême, exigeant que TikTok coupe tout lien avec ByteDance avant le 19 janvier 2025, sous peine de disparition des app stores américains. Mais depuis l’arrivée au pouvoir de Trump, les ordres exécutifs contournent systématiquement la loi, sans que le Congrès ne réagisse fermement.

Cette inertie soulève des questions constitutionnelles. « Je ne suis pas sûr que le président ait l’autorité légale pour ignorer la loi », a commenté le sénateur Chuck Grassley. De son côté, Josh Hawley, partisan de longue date de l’interdiction, reste ferme : « Les tribunaux ont été clairs. Il faut faire appliquer la loi. »

La réalité reste complexe. Entre les menaces d’espionnage, la collecte de données personnelles, la guerre commerciale avec la Chine et les millions d’Américains attachés à TikTok, l'administration Trump semble naviguer à vue, soucieuse à la fois de préserver la sécurité nationale et de ne pas aliéner une base électorale jeune et très active sur la plateforme.

Alors que la dernière prolongation expire jeudi, la perspective d’un dénouement rapide reste floue. Pékin devra donner son aval, et Trump parie désormais sur une coopération personnelle avec Xi Jinping, malgré une conversation téléphonique début juin axée exclusivement sur les échanges commerciaux.

Entre protection des données, souveraineté numérique et stratégie électorale, l’affaire TikTok devient le miroir d’un affrontement global sur le contrôle de l'information, et sur le leadership technologique mondial. Mais pendant ce temps, les utilisateurs continuent de scroller, sans savoir si l’application survivra aux prochaines 90 journées.

Source : CBS NEWS