Et si Jerome Powell était limogé avant la fin de son mandat à la tête de la Réserve fédérale américaine ? C’est le scénario-choc évoqué par Deutsche Bank dans une note explosive intitulée « What if ? ». Un scénario jugé improbable, mais non impossible, qui ferait l’effet d’un séisme sur les marchés mondiaux.



Le simple fait que Donald Trump envisage de se débarrasser de Jerome Powell, actuel président de la Réserve fédérale, a suffi à faire trembler les analystes. Et pour cause : l’indépendance de la Fed est l’un des piliers de la stabilité financière mondiale. Selon George Saravelos, chef de la recherche sur les devises chez Deutsche Bank, une telle décision provoquerait une chute brutale du dollar et une panique obligataire généralisée. Dans une note interne consultée par Fortune, il parle d’un événement « largement sous-estimé par les marchés » – mais dont les conséquences seraient cataclysmiques.

Les paris sur la plateforme Polymarket donnent 19 % de probabilité à une destitution anticipée de Powell. C’est peu. Mais c’est assez pour que les investisseurs commencent à intégrer ce risque politique extrême dans leurs modèles. Car cette attaque potentielle contre l’autonomie de la banque centrale serait perçue comme un acte de guerre institutionnelle.

La tension monte depuis que Russ Vought, ancien directeur du budget de Trump, a envoyé une lettre accusant Powell d’avoir menti devant le Congrès au sujet de travaux luxueux dans le siège de la Fed — un prétexte technique qui pourrait masquer un dessein beaucoup plus stratégique : reprendre le contrôle politique de la politique monétaire.

Si Trump parvenait à ses fins, les marchés réagiraient en quelques heures. Saravelos estime que le dollar pourrait chuter de 3 à 4 % en 24 heures, accompagné d’une vente massive des obligations américaines, surtout sur le long terme, avec un bond immédiat des taux de 30 à 40 points de base. L'effet domino serait mondial : instabilité accrue dans les pays émergents, tension sur les devises, hausse des primes de risque, et incertitude sur les politiques monétaires dans l’ensemble des pays liés au dollar.

Le précédent historique n’est pas rassurant. Lorsque Richard Nixon a imposé Arthur Burns à la tête de la Fed dans les années 70, cela a ouvert la voie à une décennie de stagflation. Mais selon Deutsche Bank, le contexte actuel est bien plus explosif : déficit jumeau abyssal, marchés de capitaux hyperliquides, système de change flottant, et forte dépendance mondiale au dollar. L’effet serait donc plus violent encore qu’à l’époque de Nixon.

Saravelos évoque un parallèle glaçant : la Turquie d’Erdoğan, où l’ingérence politique dans la banque centrale a mené à une inflation hors de contrôle. Là-bas, l’obstination du pouvoir à maintenir des taux bas malgré la réalité économique a plongé le pays dans une spirale de défiance et de dépréciation monétaire chronique.

Si ce scénario venait à se concrétiser, ce serait un signal noir pour les marchés : la fin de l’indépendance monétaire américaine. Et donc, la fin de la crédibilité de la Fed comme gardienne de la stabilité mondiale. Dans un monde déjà fragilisé par les tensions géopolitiques et la montée des nationalismes économiques, la démission ou le renvoi de Powell pourrait précipiter un tournant majeur dans l’ordre financier mondial.

Source: Fortune