Jamie Dimon, le PDG emblématique de JPMorgan Chase, alerte sur une crise obligataire « inévitable », pointant du doigt l’endettement record des États-Unis et les failles structurelles du marché des bons du Trésor. Un avertissement qui secoue Wall Street et résonne jusqu’à la Réserve fédérale.



C’est une déclaration qui résonne comme un coup de tonnerre dans le ciel déjà chargé de la finance mondiale. Jamie Dimon, figure respectée de Wall Street et patron de JPMorgan Chase, a tiré une nouvelle fois la sonnette d’alarme sur l’état du marché obligataire américain. À ses yeux, une crise est non seulement probable, mais inévitable. Et le timing n’est plus qu’une question de mois ou d’années.

Présent au Forum économique national Reagan, Dimon n’a pas mâché ses mots : « Je ne sais pas si ce sera dans six mois ou six ans… mais ça va arriver », a-t-il lâché devant un parterre d’économistes et de décideurs. Son message est limpide : les déséquilibres budgétaires des États-Unis, couplés à une politique monétaire trop longtemps laxiste, ont miné les fondations du système obligataire.

Le PDG pointe particulièrement l’explosion de la dette publique américaine, un fardeau qui atteint désormais des niveaux insoutenables. Le financement à crédit de l’économie post-COVID, les plans de relance successifs et l’inaction politique sur la maîtrise des dépenses ont transformé les bons du Trésor en bombe à retardement. Un actif jadis considéré comme le plus sûr du monde pourrait bien devenir le maillon faible des marchés financiers.

Jamie Dimon critique également les règles prudentielles imposées aux banques, notamment le ratio de levier supplémentaire, qu’il juge contre-productif. Selon lui, ces contraintes réduisent la capacité des banques à intervenir en tant que teneurs de marché, ce qui augmente la volatilité et limite la liquidité sur les marchés obligataires. En cas de stress, la situation pourrait dégénérer très rapidement, comme cela a déjà été observé lors de crises précédentes.

Dimon ne prédit pas un effondrement brutal, mais une tension progressive, sourde, susceptible de forcer la main à la Réserve fédérale. Dans un contexte où les taux d’intérêt élevés pèsent déjà sur les bilans, une perte de confiance dans la capacité du Trésor à se financer à moindre coût pourrait déclencher une spirale dangereuse : hausse des taux longs, revalorisation des risques souverains, ventes paniques d’actifs, et intervention précipitée de la Fed.

Le PDG de JPMorgan l’assure, il ne cédera pas à la panique, mais il prévient que les régulateurs, eux, risquent de perdre leur sang-froid si les signes de fissures deviennent manifestes. « Je dis à mes régulateurs : vous allez paniquer. Moi non. On s’en sortira. Mais ce n’est pas une bonne chose. »

Cet avertissement de Dimon n’est pas une prophétie isolée. Il s’inscrit dans une inquiétude grandissante au sein des milieux financiers sur la durabilité du modèle américain basé sur la dette. Le temps de l’abondance monétaire touche à sa fin, et les marchés cherchent désespérément une nouvelle ancre de stabilité. Or, quand le marché des Treasuries vacille, c’est toute la structure mondiale du crédit qui tremble.

En évoquant une crise obligataire systémique, Jamie Dimon rappelle une vérité oubliée : même les actifs les plus sûrs peuvent devenir toxiques si les déséquilibres macroéconomiques ne sont pas corrigés. Une alerte sévère, mais lucide, qui devrait réveiller Washington avant que les marchés ne le fassent à leur place.