Le diplomate surinamais Albert Ramdin prendra officiellement ses fonctions de secrétaire général de l’Organisation des États américains (OEA) le 25 mai 2025. Dans un contexte de crises régionales multiples, c’est la situation explosive en Haïti qui s’impose comme son principal défi. Face aux attentes de Washington et aux divisions du continent, Ramdin devra incarner un leadership audacieux et réaliste.



L’élection d’Albert Ramdin à la tête de l’OEA intervient dans un climat diplomatique agité. Les États-Unis, principaux bailleurs de l’organisation avec près de 50 % de son budget annuel, multiplient les appels à une OEA plus proactive. Le 20 mai 2025, le secrétaire d’État américain Marco Rubio a exhorté l’organisation à « prendre les devants » pour conduire une force régionale élargie en Haïti. Si le rôle du Kenya dans la Mission multinationale d’appui à la sécurité (MMAS) a été salué, Washington veut désormais un engagement plus fort des pays de l’hémisphère.

Depuis son autorisation par le Conseil de sécurité de l’ONU en octobre 2023, la MMAS peine à s’imposer. Seulement 1 000 policiers — sur les 2 500 prévus — sont actuellement déployés, alors que le pays sombre dans une crise sans précédent. Selon l’ONU, plus de 5 600 personnes ont été tuées par des gangs en 2024, et le nombre de déplacés internes a explosé, atteignant plus d’un million en mai 2025.

Pour Ramdin, ancien représentant du Suriname à l’OEA et diplomate chevronné, le défi est immense. Il a lui-même reconnu : « Vous ne pouvez pas attendre grand-chose à ce stade. La situation est si grave qu’il faut d’abord rétablir un minimum de normalité. »

À l’approche de son entrée en fonction, un symposium international sur Haïti est prévu au siège de l’OEA, réunissant diplomates, experts et membres du Conseil présidentiel de transition haïtien. Cette réunion vise à mobiliser les soutiens autour d’un plan de sortie de crise. Seront abordés les enjeux de sécurité transnationale, les réseaux criminels, les lacunes judiciaires et les instruments de coopération régionale, dont la Convention interaméricaine contre le terrorisme.

Ramdin veut inscrire son mandat dans une logique de réalisme stratégique : « Déployer des troupes ne suffit pas. Il faut aussi un véritable soutien à la reconstruction de l’État de droit. » Il plaide pour une approche graduelle, combinant aide humanitaire, appui institutionnel et construction d’un consensus politique, avant d’envisager toute élection.

Souvent critiquée pour son alignement sur les grandes puissances et son inefficacité, l’OEA joue désormais sa crédibilité. Ramdin devra prouver que l’organisation peut redevenir un acteur central du multilatéralisme interaméricain. Et Haïti pourrait bien devenir le test décisif de ce nouveau chapitre.

À la veille d’un possible tournant géopolitique, une chose est sûre : le leadership du Suriname à la tête de l’OEA ne passera pas inaperçu.